Tendre Maroc / Emmanuelle de Boysson

L’autrice a vécu au Maroc de ses 6 à 13 ans, puis y est revenu pour les vacances d’été. Dans ce roman autobiographique, elle raconte son enfance et son adolescence. Emma est l’aînée de la fratrie. Sa mère, Blanche, compte sur elle pour l’aider. Dans cette famille bourgeoise l’éducation est importante, la religion aussi. Mais la tendresse et les mots doux ne sont pas au rendez-vous. En grandissant, elle comprend que ce phénomène se transmet depuis plusieurs générations de femmes. On rencontre aussi sa grand-mère maternelle, Catherine, qui est un sacré personnage. Le roman est davantage centré sur la relation mère-fille, Blanche et Emma.

Et puis il y a sa cousine, Camille, avec qui elle fait les 400 coups comme on dit. Qui l’emmène vers l’adolescence, les sorties non autorisées le soir sur la plage où elles rejoignent notamment Mehdi, son grand amour.

Les souvenirs s’égrènent avec tendresse. La plupart joyeux, à l’exception d’un, raconté à la fin du livre, que je ne divulgâcherai pas. Elle aborde l’importance de la lecture et de l’écriture dans sa vie. Elle a d’ailleurs relu ses journaux intimes pour écrire ce joli roman. Un beau cadeau qui nous interroge sur nos propres souvenirs que l’on garde de notre enfance.

Si vous aimez les romans sur l’enfance et l’adolescence, celui-ci devrait vous plaire, en plus il est parsemé de senteurs et de paysages du Maroc !

Je remercie l’autrice et les éditions Calmann-Lévy pour cette lecture ensoleillée

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Il ne faut jamais revenir sur les lieux de son enfance, de crainte d’en brouiller le souvenir. »

« Au moment où nous nous apprêtons à renoncer, la maison est apparue au détour d’une rue. Les murs grisâtres et lézardés, c’était la seule du coin à l’abandon, comme si personne n’en avait voulu. J’ai eu pitié d’elle et j’ai poussé le portillon. Le patio avait perdu ses couleurs, le bassin à poissons rouges était vide, le jardin, réduit comme peau de chagrin. »

« Depuis toujours, je veux attirer son attention, lui plaire, lui faire plaisir. On ne devient pas écrivain sans un besoin éperdu de reconnaissance. Parfois, on surmonte, en apparence.
Sur les photos de mon premier album, j’ai ce regard qui interroge, avide de compliments. Ma mère ne sait pas les dire, elle n’en a jamais reçu. Parle doucement, arrête de me coller, calme-toi, souris, ne te fais pas remarquer… S’effacer, un mot qui a rythmé ma vie. J’ai toujours recherché l’ombre. »

« La crainte du départ de Medhi me reprend, une vague de fond. Comme toujours en cas de cafard, je me réfugie dans les livres, là où je vis d’autres vies que la mienne. Celle de Heïdi, cette orpheline qui réussit à apprivoiser son rustre de grand-père sur un alpage suisse. Celle de Sophie de Réan des Malheurs de Sophie qui n’en fait qu’à sa tête, malgré les conseils de son cousin Paul. Je dévore mes livres de la Bibliothèque rose puis verte, Le Club des Cinq, Le Club des Sept, Fantômette et les romans de l’Idéal-Bibliothèque, comme La Marelle et le Ballon. Je lis dans mon lit, au jardin, à la plage, en voiture. J’ai enfin une kyrielle d’amis ; je découvre que l’on peut désobéir, voler, mentir, s’entraider, surmonter les épreuves et enfreindre les interdits ; je trouve les mots pour dire mes tourments ; j’ouvre les portes du jardin pour y faire entrer l’air du large. »

« Je n’ai jamais vu ma mère se mettre en colère. Au lieu d’éclater, elle se repliait dans une tristesse qui embrumait les pièces, polluait l’atmosphère. Une mélancolie que je soupçonnais parfois d’être feinte, une manière un peu théâtrale de se victimiser. En même temps, elle était si parfaire, si généreuse que j’avais envie de la protéger. Je sais ce qu’elle a vécu. Elle m’a souvent parlé de ses premières années : un trou noir. Comme moi, elle est l’aînée. Deux sœurs, un petit frère. Trois filles, nées coup sur coup : Catherine était lessivée lorsqu’elle a enfin accouché d’un garçon – une naissance dont elle est sortie déchirée. Un mot répété à mi-voix, entre femmes. »

« Écrire pour relier les âges de ma vie. Pour me prolonger, pour rester. »

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