Ce roman nous plonge dans l’univers de femmes attachantes : Binta, Habiba et Djamilah. Elles ont fui le nord du Cameroun pour le sud, moins conservateur. Elles rêvent d’une nouvelle vie, d’un nouveau mari. A leur arrivée à Douala, elles rencontrent une femme qui a fait le même chemin qu’elles auparavant. Elle devient une sorte de mère pour elles.
Hadja Halmata, en apparence, met en relation des jeunes femmes qui cherchent un mari avec des hommes ayant une situation confortable. Son restaurant est en réalité une façade. Derrière il y a tout un réseau de prostitution. La maquerelle sait comment tourner les choses à son avantage. Elle propose à ses filles toutes sortes de crèmes, aphrodisiaques et objets pour éloigner le malheur.
On découvre le poids des traditions patriarcales, les injustices sociales, l’hypocrisie. Les choses ne sont pas nommées, comme le sida appelé palu du sang. Badiadji Horrétowdo dénonce ce système et montre du doigt ce qui dérange. La condition féminine et l’ignorance des femmes qui n’ont pas été à l’école sont mis en exergue dans ces 221 pages.
J’avoue que ce sujet ne m’attirait pas de prime à bord mais j’ai trouvé ce roman passionnant. Je l’ai lu presque d’une traite. La plume est agréable et incisive. Il y a des punchlines et de l’humour aussi.
Badiadji Horrétowdo est publié pour la première fois en France mais il s’agit de son sixième livre. J’espère que d’autres de ses romans suivront dans notre hexagone. A noter qu’il est également le mari de Djaïli Amadou Amal. Les conversations doivent être passionnantes entre ces deux magnifiques écrivains.
Je remercie les éditions Emmanuelle Collas pour cette lecture coup de cœur
Replay et podcast VLEEL à venir !
Incipit :
« A peine l’aube a-t-elle chassé la nuit sur Douala que la foule des déshérités converge vers le centre-ville. Une nouvelle journée s’annonce et, comme à son habitude, Hadja Halmata se lèvre, effectue ses ablutions et la prière de Soubh, puis s’attelle au tabish. »
« Binta est sa nouvelle poule aux œufs d’or, celle sur laquelle sont fondés ses espoirs, mais elle sait désormais que cette poule est atypique. Elle entend donc user de toutes les subtilités dont elle dispose pour convaincre, fût-ce de force, sa protégée. Une victoire aux points reste malgré tout une victoire, bien que sans panache ! […] Elle devra la façonner aux aspirations qui ne sont nullement dans ses intérêts. Qu’importe ! Elle devra la reformater avec son temps ! »

Un avis sur « Les transfuges / Badiadji Horrétowdo »