Vivre vite / Brigitte Giraud

Brigitte Giraud met en vente la maison qu’elle avait achetée avec son mari juste avant qu’il meurt dans un accident de moto. Ce roman autobiographique est l’occasion de « faire le tour de la question » ou son deuil. Chaque titre de chapitre commence par « Si… ». Elle égrène ainsi les suppositions, ce qui aurait pu changer le destin et éviter la mort de son conjoint. On y ressent l’amour de Brigitte pour Claude.

« Si je n’avais pas voulu vendre l’appartement.
Si je ne m’étais pas entêtée à visiter cette maison.
Si mon grand-père ne s’était pas suicidé au moment où nous avions besoin d’argent.
Si nous n’avions pas eu les clés de la maison en avance.
Si ma mère n’avait pas appelé mon frère pour lui dire que nous avions un garage.
Si mon frère n’y avait pas garé sa moto pendant sa semaine de vacances.
Si j’avais accepté que notre fils parte en vacances avec mon frère.
Si je n’avais pas changé la date de mon déplacement chez mon éditeur à Paris.
Si j’avais téléphoné à Claude le 21 juin au soir comme j’aurais dû le faire au lieu d’écouter Hélène me raconter sa nouvelle histoire d’amour.
Si j’avais eu un téléphone portable.
Si l’heure des mamans n’avait pas été aussi l’heure des papas.
Si Stephen King était mort dans le terrible accident qu’il avait eu trois jours avant Claude.
S’il avait plu.
Si Claude avait écouté Don’t Panic de Coldplay, et non pas Dirge de Death in Vegas, avant de quitter le bureau.
Si Claude n’avait pas oublié ses 300 francs dans le distributeur.
Si Denis R. n’avait pas décidé de ramener la 2CV à son père. »

Elle reconstitue la dernière journée de Claude, à la manière d’une enquête pour éclairer les zones d’ombre et assouvir son obsession pour comprendre cet accident.

Claude a utilisé la moto du frère de Brigitte, entreposée dans le garage de cette maison qu’ils viennent d’acheter. Celle que Brigitte a absolument voulu acheter et que maintenant, vingt plus tard, elle vend. Ils ont reçu les clés plus tôt que prévu et ils n’ont pas encore emménagé. Brigitte part à Paris chez son éditeur. Elle laisse Claude et leur fils le temps d’un aller-retour, soit deux journées et une nuit.

Claude est un motard mais il possède une moto beaucoup moins dangereuse que la Honda 900 CBR de son beau-frère. Brigitte a fait des recherches sur Internet et sur des forums. Cette moto a été vendue en France mais pas au Japon où elle est fabriquée, car trop dangereuse, trop puissante.

Elle interroge aussi le collègue de Claude à la bibliothèque de Lyon où il dirigeait la discothèque. Elle parle de sa passion pour la musique et des articles qu’il écrivait pour des magazines spécialisés. L’occasion de glisser quelques titres de chansons et leur chanson : Courage des oiseaux de Dominique A. (album La Fossette).

Rapidement lu un dimanche après-midi, je n’ai pas été embarquée par ce roman autobiographique même s’il relève du récit intime et que c’est un genre que j’aime beaucoup. J’avoue préférer en général le Prix Goncourt des Lycéens à celui de leurs aînés. Donc je m’en vais de ce pas lire « Beyrouth-sur-Seine » de Sabyl Ghoussoub, qui m’attend depuis quelques semaines.

Note : 3.5 sur 5.

Incipit :
« Après avoir résisté pendant de longs mois, après avoir ignoré jour après jour les assauts des promoteurs qui me pressaient de leur céder les lieux, j’ai fini par rendre les armes.
Aujourd’hui j’ai signé la vente de la maison.
Quand je dis la maison, je veux dire la maison que j’ai achetée avec Claude il y a vingt ans, et dans laquelle il n’a jamais vécu. »

« J’ai calmé ma furie et j’ai accepté d’enfiler le costume d’une personne fréquentable. Il me fallait revenir au marché des vivants. Celui qui disait que j’étais veuve, je le passais au lance-flammes. Sidérée de chagrin oui, veuve non. »

« Je fais une dernière fois le tour de la question, comme on fait le tour du propriétaire, avant de fermer définitivement la porte. Parce que la maison est au cœur de ce qui a provoqué l’accident. »

« Je reviens sur la litanie des « si » qui m’a obsédée pendant toutes ces années. Et qui a fait de mon existence une réalité au conditionnel passé. »

« Pour écrire il faut être obsédé par ce qu’on raconte, et là j’étais obsédée par une autre chose, qui prenait toute la place. »

« Au moins je souriais en pensant à Claude, je passais un long moment sur YouTube, j’avais dérivé assez loin, et je me rendais compte comme j’étais traversée par l’amour vingt ans après. »

« Ça fait vingt ans et ma mémoire est trouée. Il m’arrive de te perdre, je te laisse sortir de moi. »

3 commentaires sur « Vivre vite / Brigitte Giraud »

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