L’homme qui veille dans la pierre / Alain Cadéo

Je découvre les livres et l’écriture d’Alain Cadéo avec ce roman des éditions La Trace. Il fait suite à un autre roman, « Mayacumbra » paru en 2020. Il est précisé que les deux romans peuvent se lire indépendamment.

Augustin part sur les traces de son frère, Théo, disparu dans une coulée de lave il y a bien longtemps, à Mayacumbra, en Amérique centrale. Il y découvre une sorte de communauté, isolée, où vit la famille de Théo, sa fille et surtout sa petite-fille Lina. C’est à elle qu’Augustin adresse ses mots dans ce livre. Dans son journal, il raconte le bonheur simple de l’amour d’une famille. Il est le grand-oncle de Lina mais elle le considère comme son grand-père. Il reste vivre à Mayacumbra et six ans plus tard, lorsqu’elle part étudier au collège, en ville, et part pour des semaines, il ressent le besoin de consigner ses souvenirs et ses émotions.

Il est question de la nature, du volcan, de peinture et beaucoup d’amour filial.

L’écriture est belle, poétique et généreuse. Derrière les mots, on ressent une plume profondément humaniste, beaucoup de bienveillance.

J’aurais préféré commencer par « Mayacumbra », pour avoir tous les éléments sur cette communauté. Il faut dire que les personnages et acolytes d’Augustin sont nombreux et uniques. Chacun ayant une histoire à raconter, un physique et un caractère bien particuliers. Je me suis parfois un peu perdue en cours de lecture et j’ai peiné à avancer. Il ne me reste plus qu’à lire le précédent roman pour raccrocher les wagons et en savoir plus sur Théo !

Merci Geneviève Munier, Martine et Alain Cadéo pour cette lecture

Note : 3 sur 5.

Incipit :
« A l’origine, dans l’aube bleue mouvante, quelques troncs noirs étranglent encore la lumière fade de la vallée. Ils sont la trame d’une immense forêt pourrissante.
Là, beaucoup plus haut, dans les rides du ciel, moi, Théo, je suis derrière une fenêtre glacée, au niveau du menton d’un Volcan. La Corne de Dieu. »

« C’est tout ce qui me restait de mon frère Théo. Un bout de page froissée, trois bibelots, quelques photos, le tout expédié par la police locale de ce pays lointain n’ayant jamais éveillé chez moi la moindre curiosité. »

« Désolé donc d’être peut-être si compliqué, mais ma vie en dépit des apparences, est à l’image de ces pages : décousue, lourde, chaotique. Son seul fil conducteur fut longtemps le simple plaisir de peindre sans jamais vraiment m’attacher à quoi que ce soit. Je me berçais de couleurs. »

« Laisse-toi porter par ce radeau de phrases. Ne nage pas à contre-courant. Soit, tu brûleras tout, soit tu mettras dans un tiroir ce paquet d’impressions que tu ressortiras un jour, plus tard.
Derrière toute musique qui nous est familière, au-delà d’un tableau que l’on connaît par cœur,, foisonnent mille détails qui remontent à la surface. On appelle cela le temps de la décantation. C’est un fourmillement de sensations qui, avec l’âge aimantées par nos propres vies, prennent encore un autre relief. Voir, entendre, absorber, ressentir et plus tard enfin, comprendre… Peut-être. »

« Non, je n’ai plus envie de bouger. Mon périmètre de marche va, de « la maison de la lune » au sommet du volcan. Chacun de mes pas est une attente. Chaque jour est un sablier que je tourne et retourne, dont chaque grain est une image, une émotion, une pensée. »

« Alors peu importe que mes promenades soient toujours les mêmes ! Le moindre sentier est rempli de ton rire, de ta petite voix, de tes histoires. Tout me parle de toi. Je me sens comme un grand manteau protecteur couvrant ta vie de tous les jours, où que tu sois. Et je t’envoie à tire d’ailes la bénédiction du volcan, de la forêt, de la caverne et du village, mes petits mors à moi et mes pensées de tous les jours, l’indolente paresse des nuages, les criques de repos dans l’ourlet des feuilles toutes neuves, l’odeur des mousses et des lichens, du placenta des mammifères et la claque sonore de ce bon vieux « Capitan », qui souffle aujourd’hui comme un damné sur nos terres et dans nos cœurs brûlés. »

« “Ton frère, l’homme qui veille dans la pierre, c’est lui que le volcan a choisi pour nous protéger…” Je sais aussi que Théo devait rejoindre Solstice qui l’attendait dans son camion le jour de l’éruption pour quitter cet enfer. Et il n’était pas venu. Personne ne sut jamais ce qui l’avait retenu. »

« Oui, j’ai bien souvent eu envie de fuir. Et il fallait ta venue, ou celle de ta mère, pour que je sache à nouveau face à vos regards, vos gestes, vos sourires, pourquoi j’étais là. Maintenant, au bout de cinq ans, je ne me pose plus ces questions, je n’ai plus les mêmes envies de déguerpir. Il y a vous deux et, tout autour, nos gueules de parias, inimitables, entre clodos, Pieds Nickelés et Robinsons, têtes de morses, tronches gargantuesques, têtes d’ascètes, maigres faciès aux yeux aigus comme des clous, voleurs d’instants sublimes dans cette décharge de cœurs oubliés. Solstice, Eusebio, Cyrus, Fedor, le petit Sam, Balthazar, Marco, les trois frères, les quelques types qui débarquent parfois, venus de la forêt, les égarés qui restent deux trois jours et qui repartent avec des airs de chats hagards libérés de leur cage. »

« “L’homme qui veille dans la pierre” n’est jamais très loin de mon cœur. Et même s’il est dissimulé, là-bas, quelque part dans les brumes, il me semble souvent l’entendre, comme la vibration d’un diapason. C’est un beau chant, une note très pure qui calme le volcan, berce les cèdres bleus, suspend le souffle tiède des cavernes, apaise les petits animaux, ouvre les orchidées, fait planer très haut les aigles qui en oublient leurs proies, nous donne à nous les hommes des airs béats de somnambules… Et puis il y a les nuits de pleine lune dans la maison de pierre. Il y a ce bruit de fond, que je suis seul à percevoir, une onde basse entre ces murs, toujours la même, une onde bleue et mauve qui tourne au ralenti et qui me fait penser au vrombissement des rhombes.
Je te l’ai dit, c’est la tonalité du Monde, la course folle de la Terre. Rares et bienheureux sont ceux qui captent sa lancinante mélodie. »

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