Ainsi Berlin / Laurent Petitmangin

Berlin, après-guerre, est divisée en 2. Dans la partie Est se trouvent Gerd et Käthe. Ils œuvrent à la reconstruction de la ville pour le parti communiste. Käthe a un grand projet (le programme Spitzweiler) : élever les enfants de grands scientifiques pour en faire l’élite, servir la patrie et montrer leur supériorité. Gerd amoureux, obéira à tous les désirs et les ordres de Käthe. Un doute s’immiscera en lui lorsqu’il se demandera s’il est le père de l’enfant d’une des scientifiques. Puis il rencontrera la belle Liz, une Américaine qui le fascine. Entre Käthe et Liz, il ne sait choisir et s’en remettra au destin. En attendant il poursuit son travail d’enquête pour le parti afin d’empêcher toute fuite à l’Ouest. Dans une ambiance d’espionnage, la tension monte doucement. Que fera Gerd ? Quel camp choisira-t-il ? Que lui dicte sa conscience ? son cœur ?

J’avais adoré le premier roman de Laurent Petitmangin, « Ce qu’il faut de nuit ». J’ai été moins emportée par « Ainsi Berlin ». Je n’ai pas réussi à m’attacher à Gerd. Le roman est agréable à lire mais ce n’est pas un coup de cœur pour moi. La période historique décrite est intéressante, je ne l’ai pas beaucoup vu traitée jusqu’à présent dans les romans.

Hier soir nous avons pu écouter Laurent Petitmangin parler de ses deux romans et de son écriture lors d’un VLEEL, c’était très intéressant. Il a parlé notamment de la notion d’engagement qui est centrale dans ses romans. « Ainsi Berlin » est le troisième livre qu’il a écrit mais le deuxième publié. Alors que « Ce qu’il faut de nuit » est le quatrième roman écrit mais le premier publié. Un troisième roman sera publié, toujours à La Manufacture des livres, certainement à l’automne 2023. Surveillez la chaîne Youtube pour le replay !

Note : 4 sur 5.

« Käthe travaillait à l’orchestration des Trümmerfrauen, les femmes des ruines. Qui allaient des années durant nettoyer les décombres, récupérer les briques des immeubles détruits, les retailler, les ranger par groupes de seize sur douze hauteurs. Les tas étaient comptés, et chaque soir ces femmes recevaient de quoi survivre. Käthe avait peu de compassion pour ces travailleuses, elle s’agaçait quand elle les entendait rire – car parfois elles riaient encore -, elle n’acceptait pas les retards et, quand un pan entier d’immeuble s’écroulait sur l’une d’elles, elle montrait peu d’émotion. »

« Elizabeth devint vite Liz, elle m’apprit à le prononcer. Il fallait beaucoup de douceur, presque de l’égarement à la fin. Le suggérer plutôt que le dire, et pourtant lui conserver sa force, ce fut ma première leçon de haute société américaine. Liz. « Vous y arriverez », me dit-elle. Je l’emmenais au cinéma. Käthe aurait été folle de l’apprendre, je ne lui racontai rien de cette histoire.

Nos déjeuners sur l’herbe étaient empreints de la schizophrénie du Berlin d’immédiate après-guerre. Je restais, malgré tout, Allemand, et elle, une vraie Américaine. Je ne saurai jamais comment elle me regardait. Un résistant ? Quelqu’un du mauvais camp qui avait su se reprendre à temps ? Un homme sympathique qui ne parlait jamais du passé, qui n’évoquait jamais ses parents, un peu parfois les lieux de son enfance ? Un homme rongé par une honte tellement grande, tellement insupportable qu’il ne pouvait que l’endosser et en prendre sa part, même s’il n’y était pour rien et qu’il avait risqué sa vie contre cette saloperie ? »

« J’étais cet homme condamné à seulement effleurer cette jeune Américaine. Parce qu’il y avait cette faute, cette Schande, à laquelle je ne pouvais me soustraire, même dans le camp des vainqueurs. Liz me ramenait à ma condition d’apatride et de miraculé.

Cela ne m’empêchait pas de passer de belles heures avec elle, avec ce qu’il fallait de secret, d’innocence et de frustration. »

« Je repris un peu de mon indépendance vis-à-vis de Käthe quand ses manœuvres devinrent démesurées. Je n’avais pas le sentiment de la trahir, ni Ulbricht, ni la RDA. Je voulais juste atténuer la rudesse de ses agissements, en être une face plus humaine. J’adhérais au cadre qu’elle avait dicté, à la justesse de ses vues, mais supportais de plus en plus mal les secrets qu’il y avait autour des projets. J’étais peut-être le lâche qu’elle avait tôt identifié, un homme incapable de choisir, pinaillant contre l’intérêt de la patrie, certainement trop faible, trop commun pour elle, qu’eût-elle fait avec un homme d’une autre trempe, qui l’eût vraiment soutenue ? Je commençais doucement, en lui désobéissant. »

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