Tant qu’il reste des îles / Martin Dumont

Un gros coup de cœur pour ce roman qui m’a replongée dans de lointaines vacances sur l’île de Ré !

Incipit :

« Je suis encore passé devant le monstre. C’est comme ça qu’on l’appelle chez nous. Il est chaque jour plus gros, il avance en bouffant la mer. Marcel répète qu’il ne faut pas baisser les yeux, qu’il faut regarder en face. Que rien ne peut plus l’arrêter mais qu’on doit rester digne. Sa voix tremble quand il parle du monstre. »

Quel est ce monstre ? Un pont ! Ce roman aborde la construction d’un pont pour relier le continent à une île. Synonyme de progrès, il amène aussi une nostalgie et un repli de la part de certains insulaires. Ce n’est pas rien d’être né et d’avoir vécu toute sa vie sur une île.

Martin Dumont nous embarque dans un chantier naval, celui de Marcel où travaillent Léni, Karim et Yann.

Le narrateur est Léni, jeune homme de 30 ans séparé de sa compagne Maëlys avec qui il a eu une fille, Agathe. Elles vivent sur le continent. Il voit sa fille tous les 15 jours et c’est à chaque fois un déchirement de la quitter à la fin du weekend. Il a peur qu’elle l’oublie.

Il rend visite toutes les semaines à sa mère placée en maison de soin depuis 2 ans. « Je ne suis pas capable de plus. » Elle ne parle plus, a peu de réactions, parfois il se demande si elle le reconnaît. Sa mère l’a élevé seul sur l’île.

Avec la crise, le chantier tourne moins bien, il y a moins de bateaux à réparer. Marcel ne les a pas payés depuis 3 mois. Un expert passe évaluer le prix du chantier. « Je savais que les temps étaient difficiles […] Pourtant, j’avais du mal à croire qu’il décide de jeter l’éponge. Ce chantier c’était sa vie. » Marcel est comme un père pour Léni, il lui a tout appris du métier, il l’a emmené sur la mer dès son plus jeune âge. Mais entre eux il y a toujours des non-dits, une certaine pudeur.

Et puis il y a le bar de Christine où les habitués se retrouvent pour boire un coup et jouer une partie de coinche. De temps en temps Christine décroche son accordéon du mur et se met à jouer et chanter Brel, Brassens, Ferré.

Les pêcheurs sont contre la construction de ce pont et au fil des discussions vont décider différentes actions, notamment un blocus. La tension monte. Le « meneur » des pêcheurs s’appelle Stéphane. Léni et Stéphane ont grandi ensemble.

« On rit, on s’embrouille même un peu, mais c’est jamais vraiment sérieux. Faut comprendre, c’est pas très grand chez nous. Quand tu prends une raclée, t’en entends parler pendant quelques jours. »

Et puis il y a l’arrivée de Chloé sur l’île pour un mois. Elle est photographe et vient faire un reportage sur la construction du pont, les derniers jours d’une île. Léni a bien envie de lui montrer les endroits à voir mais c’est comme toujours, il ne trouve pas les mots, doute, n’ose pas, trop timide. Léni est lui aussi une île ! « cette foutue incapacité d’aligner la moindre phrase dans les moments qui comptent. »

Ce roman sent bon les embruns ! « La marée était basse, je l’ai senti avant même d’arriver. Il n’y avait pas le moindre souffle de vent, la houle venait mourir sur les amas de goémon en formant des arcs d’écume. »

Cinq parties composent l’histoire. Chaque partie comporte un titre et une note technique liée à la construction du pont : fondations, piles, tablier, équipements, inauguration.

Je me suis attachée aux personnages. Un roman empli d’humanité, très émouvant, sur l’amour et l’amitié, la peur du changement. J’ai aimé l’ambiance de ce roman, l’écriture de Martin Dumont. D’ailleurs je m’en vais de ce pas lire son premier roman, « Le chien de Schrödinger ».

Il s’agit du deuxième roman des Avrils que je lis et que j’ai aimé, ça promet pour les prochaines sorties !

Merci aux 68 premières fois pour m’avoir fait découvrir cet auteur, qui va certainement devenir un de mes auteurs chouchous.

« Le soleil s’élevait sur l’horizon, illuminant les coques d’acier. J’apercevais la mer par-dessus le bras de terre qui protégeait le fleuve. J’ai cherché l’île et j’ai fini par deviner sa silhouette sur l’horizon. Belle et grave, tristement solitaire. En face, la côte s’étirait à l’infini. Le monde entier dansait dans la lumière naissante, une étendue immense qui répondait à l’île. Entre les deux une ombre filait au-dessus de la baie inondée de reflets orangés. Une ligne, à peine l’esquisse d’un lien entre les berges. Un trait d’union. »

Merci Karine pour le magnifique marque-page.

Note : 5 sur 5.

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