La remise du prix aura lieu à Paris le samedi 17 mai 2025. Plus d’informations sur cette soirée sur le site internet : https://vleel.com et le compte Instagram VLEEL : https://www.instagram.com/vleel_/
C’est toujours un plaisir de retrouver la plume de Michel Jean découverte grâce aux éditions Dépaysage et à VLEEL. On recroise des personnages et des lieux de ses précédents romans.
Dans celui-ci deux histoires sont en parallèle, à deux époques. Les chapitres alternent entre Eve, une avocate de nos jours à Montréal, qui défend un homme, Uqittuq Ainalik, accusé de meurtres sur d’anciens policiers. Mais le vieil Inuk reste muet. Et dans les années 1960, un jeune couple inuit, Saullu et Ulaajuk, qui vivent de la chasse et de la pêche dans le Grand Nord avec leurs chiens de traîneau. D’ailleurs, Eve a aussi un chien, qu’elle a appelé Qimmik, qui signifie « chien » en inuktitut.
J’ai plongé dans l’histoire du peuple inuit, dans leurs vies faites de grands paysages sauvages, du respect de la nature mais aussi du froid et de la peur de la faim. Il y a aussi une belle histoire d’amour entre Saullu et Ulaajuk.
On retrouve les thèmes chers à Michel Jean : la recherche de la vérité, la soumission d’un peuple et le racisme. Avec toujours une avocate acharnée à découvrir la vérité et à comprendre. Cette fois il ajoute un animal emblématique pour ce peuple, le chien de traîneau. La relation entre les inuit et leurs chiens est magnifique.
Une fois de plus Michel Jean nous fait découvrir un pan de l’histoire du Canada que je ne connaissais pas, les campagnes d’abattage des chiens nordiques. Mais je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de lire cette histoire qui vous touchera en plein cœur. Encore un roman essentiel de Michel Jean qui donne la voix aux personnes réduites au silence.
Je remercie Babelio et Le Seuil pour cette masse critique privilégiée
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Incipit : « Le ciel, le roc, l’océan. Sous une lumière obscène, face à l’Arctique, mer de glace. Terre nue. Pays sans arbre. Entre le ressac et le silence, le vent, le vent du nord, règne sans partage. Son souffle glacial soulève les flots, emporte dans son sillage des tourbillons de neige qui courent sur la terre comme sur l’eau. La toundra gronde. »
« Le territoire vous ramène toujours vite à sa réalité. »
« Tous les Inuit connaissent la faim un jour ou l’autre. Et tous connaissent la morsure du froid. Quand elles vous tenaillent, elles occupent tout l’espace. L’une et l’autre nous montrent les limites de nos existences. »
« Innus, Inuit. Les mots se ressemblent, et pourtant, ils désignent des peuples qui ne pourraient être pus différents. Les ancêtres des Innus sont arrivés en Amérique il y a dix mille ans. Leur langue, leur culture ressemblent à celles des Atikamekw à l’est, des Cris et des Naskapis au nord. Ils ont des parents jusqu’en Terre de Feu, dans tous ces peuples autochtones qui, les premiers, ont habité le continent. Les ancêtres des Inuit sont arrivés en Alaska il y a environ cinq mille ans. Certains ont migré plus tard vers l’est et occupent maintenant l’Arctique jusqu’au Groenland, un territoire de plus de six mille kilomètres où règne une seule langue, l’inuktitut. Leurs frères vivent au Groenland, en Russie, et ils ont des liens avec les Samis en Suède, en Finlande et en Norvège. Ces peuples nordiques demeurent autour du cercle polaire sur un territoire à la fois riche et ingrat. Ils ont créé des outils pour chasser les baleines, les phoques et le caribou. Ils ont inventé l’igloo. Leur histoire est une leçon d’adaptation et de résilience. Les gens du Sud leur ont imposé leur propre notion du progrès et, aujourd’hui, ils en sont réduits à habiter des villages isolés, dans un désœuvrement qui fait honte à nos sociétés. »
Août 1957, Jean dit Jeannot, 9 ans, écrase son petit frère de 3 ans avec la nouvelle voiture de son père, chose interdite. La mère voulant protéger Jeannot, invente une histoire de rôdeur pour les gendarmes. Son père n’est pas d’accord et garde une rancœur contre son fils aîné.
A partir de ce jour, Jean ne parle plus. Il devient muet et se mure dans son silence. Il s’exprime en écrivant sur un carnet. La mère l’envoie un temps chez la grand-mère pour l’éloigner. Puis l’école reprend, il revient à la maison où l’ambiance est lourde et même parfois électrique. La famille a peur des qu’en-dira-t-on.
Jean vit avec ses remords, sa tristesse et ses questions, seul. Heureusement Jean a sa Grand-mère pour lui remonter le moral. Et une nouvelle est arrivée dans le village, Charlotte. Elle aussi a un secret. On suit volontiers ces gamins attachants à la pêche aux écrevisses ou en ballade en forêt. Un peu d’enfance surgit malgré ce drame.
Une vie bien dure pour un petit garçon, qui vous tirera les larmes sans aucun doute. S’ensuivent des aventures très rocambolesques qui ne m’ont pas totalement convaincue mais que j’ai lu avec plaisir. Il y a un certain suspense jusqu’au bout car ce n’est qu’à la toute fin que les circonstances de la mort du petit frère seront explicitées.
Si vous aimez les romans forts en émotions, racontés à hauteur d’enfant, cette histoire devrait vous plaire.
Ce premier roman fait partie de la sélection des 68 premières fois qui me l’ont fait parvenir, à mon tour de l’envoyer vers sa lectrice suivante.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : « La mère crie. Une fois. Le père reste sans voix. Ils me relèvent, je ne sais pas depuis combien de temps je suis recroquevillé là, je ne sens plus mes jambes. Ils me portent dans le salon, loin de cet éclat rouge sur les pavés de la cour, loin du pommier, loin de mon enfance. »
« On m’a appris à ne pas mentir, le père Damien y a d’ailleurs consacré un long sermon le jour de ma première communion, expliquant le sort peu enviable réservé à ceux qui choisissent la facilité du mensonge. Mon avenir au paradis semble très compromis, alors je hausse les épaules. Ce n’est pas mentir, puisque je n’ai rien dit. »
« Le regard mort que la mère pose sur moi en refermant la porte me brûle jusqu’à l’os. »
« A-t-on le droit de se plaindre quand on a écrasé son frère ? Pas sûr. Mamie m’embrasse quand même pour de vrai et laisse encore la lumière du couloir allumée. Mes larmes attendent qu’elle referme la porte de sa chambre pour couler, sans un bruit, car a-t-on le droit d’être triste quand on a écrasé son petit frère. Pas sûr. En tout cas, personne ne m’en a donné l’autorisation. »
« Je n’ai pas prononcé un mot depuis l’aveu fait à la mère. La parole s’est retirée au plus profond de moi, mer asséchée laissant derrière elle des crevasses désolées. »
Lucas est à vélo et il est percuté par une voiture. Il décède donc subitement dans un accident de la route, laissant sa famille dans une sorte de vide, le chagrin de la perte d’un être cher. Il y a sa femme Roxane, leur fille Sofia et leur fils Lorenzo.
Il observe sa famille depuis un monde parallèle où les sens sont décuplés. D’abord 1 minute après l’accident, puis 1 heure, 1 semaine, 1 mois, 1 année plus tard et après leurs vies. Dans de longues phrases l’auteur dit les regrets de chacun, le temps qui passe, le travail difficile de deuil, le tout en utilisant les sens qui disparaissent au fur et à mesure : le goût, puis le toucher, l’odeur, l’ouïe, la vue.
Un roman émouvant, doux et original, que j’ai apprécié, comme tous les livres de Raphaël Meltz, qui publie aussi sous le nom de Hadrien Klent au Tripode. J’aime beaucoup sa plume et la réflexion qu’il distille dans ces pages.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Incipit : « On ne sait pas. On ne peut pas savoir. Pas savoir s’il y a quelque chose de particulier dans la façon dont il enfile le short de cycliste noir qu’il s’est acheté il y a trois ou quatre ans, quand Roxane lui a offert son vélo en carbone avec lequel il part souvent pour une demi-journée ou parfois une journée entière, ça dépend si Roxane a des élèves qui viennent ou pas – aujourd’hui non ; il reviendra déjeuner. »
« les vivants qui peuvent aider d’autres vivants trop tristes ne doivent jamais baisser les bras. »
« Une vie, c’est presque rien ; c’est tant de choses. C’est un chemin. »
Voici un roman intime qui peut faire penser à Marie-Hélène Lafon dans les thématiques abordées notamment. Elle aborde la vie d’une famille en Normandie dans les années 80, la sienne, à travers la voix de la fille. Elle replonge dans ses souvenirs à partir d’objets et de paysages en alternance. Les objets portent des traces autobiographiques. Il y a les livres, la radio dans la cuisine, le foulard de sa grand-mère, la jupe fleurie, les couverts en étain, un médaillon. Chacun font renaître une époque ou un lieu à un moment précis.
Un roman sensoriel, poétique et visuel qui parle du monde rural et d’un contexte familial difficile où le silence est roi. Un instantané sociologique d’une époque, à l’instar de photos tirées d’un album. Elle s’interroge sur la (im)possibilité de transmettre alors que rien n’a été transmis, qu’il n’y a pas de passé connu à raconter. J’ai été impressionnée par la capacité de l’autrice à se souvenir de moments d’une manière aussi claire et évocatrice.
L’autrice est archiviste à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine à Caen. Avec ce premier roman, elle fait partie des 6 finalistes du Prix Premières Paroles organisé par la Médiathèque départementale de Seine-Maritime, qui propose toujours de belles sélections de premiers romans.
A venir, les replay et podcast des 2 rencontres VLEEL avec les finalistes.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : « Les beaux livres Sept livres reliés. La reliure, c’est le luxe ; faux cuir, mais vrai effet. »
« Les tentatives de suicide du père étaient imprévisibles, tout comme les cibles de son exaspération. Les parents, deux enfants, l’angoisse, la rancune, la déception, le silence, c’était trop d’habitants pour une seule maison. La joie continue de la radio commerciale ne suffisait plus à colmater le tout, … Sweet dreams are made of this, who am I to disagree ?… d’autant plus que l’angoisse s’infiltrait par ce canal-là aussi. »
« Aujourd’hui, il ne reste que des questions et personne à interroger. »
« Je choisissais des titres au hasard parmi les galaxies de romans policiers antiques, les anthologies de contes, les romans étrangers. Grâce à cette bibliothèque, à celles croisées dans d’autres lieux, à quelques bouquinistes, les livres étaient la seule abondance qui m’était permise, la seule évasion aussi. [..] Je me souviens encore de la surprise maîtrisée du bibliothécaire lorsque j’empruntais Ulysse ou Le Voyage au bout de la nuit à quatorze ans. Je craignais l’interdiction, ou pire, la mise en garde, la leçon de morale condescendante. Son silence fut le meilleur des passeports vers la réflexion puisqu’une page de chacun de ces livres suffit bien mieux à me faire comprendre que je n’étais pas prête. »
« Parmi tous les endroits à découvrir, je n’ai jamais visité non plus le Carmel jusqu’à ce que je me décide à y entrer seule, jamais visité la salle dorée dans une autre aile du palais épiscopal, ni même la basilique ou le château romantique de Saint-Germain-de-Livet à quelques kilomètres. Nous restions à l’extérieur, à côté, enfermés dans notre routine, des années à passer à côté de tout. Le loisir était une éventualité reportée à plus tard. La culture n’était pas pour nous, ni la religion, ni les objets, pas plus le rêve. Pour nous : le travail difficile, la sagesse forcée, les difficultés qui s’accumulaient. Nous étions une famille qui s’obstinait à ne pas voir le monde, pour ne pas risquer en retour d’être remarquée par lui. Rester obscurs, austères, discrets et invisibles, la seule profession de foi. »
« Même si le palais épiscopal a été endommagé et défiguré par un incendie en l’an 2000, si la bibliothèque a changé de lieu et de forme, les rues demeurent connues, peu changées, malgré les années. Je m’y sens toujours étrangère, heurtée par l’âpreté des souvenirs, la violence de leur résurgence, toujours sur le point de retomber dans l’ornière du passé, d’être happée par la tristesse et le regret. La solitude d’alors est une blessure à peine cicatrisée. Rien n’était normal et tout était banal. »
« La jupe fleurie souffrait d’un seul défaut : elle était trop jolie pour la vie que nous menions. L’été, à la maison, se passait en pantalons solides pour « buzoquer » (passer son temps à des riens) ou aller dans les bois, en short éventuellement s’il faisait très beau, pour s’allonger dans la chaise longue, lire et penser à la mort. Le dimanche matin, ,nous n’allions pas à la messe à l’église du village, nous n’allions pas déjeuner chez des amis ou des parents, il n’y avait pas d’occasion pour porter des « habits du dimanche ». Les dimanches se passaient dans le huis clos familial pour lequel aucun effort vestimentaire n’était requis. Au printemps et en septembre, il ne faisait pas assez ou plus assez beau et nous avions cette faiblesse pragmatique de nous habiller en fonction de la météo. J’étais en possession d’une très jolie jupe que je n’avais pas la possibilité de porter, j’approchais de la féminité, mais je restais à côté. La jupe fleurie était une tentative et un échec, le désir de se confronter à un modèle imaginaire et l’impossibilité de se plier aux références. Quel vêtement aurait pu contenir les sentiments contradictoires, les non-dits et la révolte tue, l’énergie et le bouillonnement de l’adolescence confrontés à l’exercice des forces contraires, ne pas bouger, ne pas faire de bruit, se faire oublier, faire oublier que tu existes ? Jupe froncée et colère rentrée. Le modèle imaginaire provenait d’un idéal des années 1960, des magazines de mode conservés, des films anciens encore largement diffusés à la télévision d’alors, de leurs images imprimées dans le magazine télé, le précieux Télé 7 Jours attendu et soigneusement lu en intégralité chaque semaine. Des images d’un certain genre de femmes, des images d’une certaine façon d’être au monde, de poser, de se poser. Sur la photo, le mouvement est figé, la surprise mimée, hanches de trois quart, épaules légèrement tournées, une jambe en arrière, pointe de pied tendue. »
« Dans une famille sans passé, à anecdotes mais sans histoire, où rien ne s’est transmis, où tout s’est trouvé perdu, la moindre bribe surgie des temps anciens, échappée aux naufrages successifs, fait figure de trésor. L’inventaire en est rapidement mené. Deux livres et un dictionnaire, un pot à couvercle à la laideur intéressante, des serviettes damassée au luxe suranné et quelques couverts en étain. »
« Toutes les vies de famille sont des fictions, plusieurs scénarios s’écrivent sous un même toit, avec autant de points de vue qu’il y a de protagonistes. »
Ce conte gothique transpire l’horreur et le sang. Il parle surtout de la condition féminine, du patriarcat en revisitant le conte de Barbe bleue ainsi que d’autres contes. Il faut rappeler qu’à l’origine les contes sont plutôt sanglants et cruels. Rien à voir avec les contes édulcorés que nous lisons aux enfants aujourd’hui.
La princesse Eugénie vit enfermée dans un château, sur ordre de son père, le Roi Cruel qui promulgue des décrets invraisemblables du matin au soir. Elle ne pourra être libre qu’en épousant un homme dont la fortune dépasse trois fois sa dot. Le jour de ses 16 ans, un prétendant demande sa main. Le Roi Barbiche, la quarantaine, lui promet de la protéger et de l’aimer. La suite, vous en vous doutez, ne se passe pas comme prévue pour Eugénie. Elle se réfugie quelques mois dans la bibliothèque royale qui lui permet de s’évader par la pensée. Le chien noir du titre est un chien blessé qu’elle recueille.
Lu en deux jours, j’ai été happée par cette lecture horrifique. Un roman fort en émotions qui ne laissera personne indifférent. Avis aux âmes sensibles, certaines scènes décrites peuvent être difficiles. Il est accompagné d’une postface d’Élisabeth Lemire, spécialiste du conte littéraire français.
Cette lecture me permet de cocher la case « un des 300 premiers VLEEL » du challenge de l’hiver VLEEL et de sortir un livre qui était dans ma PAL depuis un moment.
A noter, ce fut l’une des toutes premières rencontres VLEEL, il y a 4 ans, avec les éditions du Typhon. Replay à visionner ci-dessous !
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
Incipit : « Il était une fois, une fois plus vieille, une fois plus sombre, dans un pays forcément très loin d’ici, un roi si cruel qu’on le croyait descendant d’un ogre. Il avait épousé une femme belle et froide comme la nuit qui lui avait donné un fille belle et gaie comme le jour. Puis la reine mourut, succombant paraît-il aux méchancetés de son mari. »
« Le Roi Cruel aimait tellement les décrets que, non content d’en promulguer du matin au soir, il passait ses nuits à les relire dans ses grands livres de lois qui compilaient, jour après jour, ce qui constituait, avec les ordres de décapitations, toute son action politique. Bien qu’il aimât tendrement la guerre dans ses jeunes années, et en raison de cet engouement juvénile, il avait à présent le monde entier comme vassal et pouvait décréter à l’envi ! Ce qui ne l’empêchait pas de cherche querelle une ou deux fois par an, pour quelques stupide prétexte, à un petit pays jusqu’ici tranquille dans son coin du monde. Le roi se délectait alors de chevaucher à nouveau vers la conquête, rappelé par l’odeur du sang, entouré de ses soldats et armé jusqu’aux dents. Ces marottes l’occupaient trois ou trente jours, selon la distance à parcourir et la taille du pays à asservir, puis il revenait et se remettait à son bureau pour décréter de plus belle. »
« Dans la bibliothèque, notre jeune reine oubliait peu à peu la détresse qui s’était logée dans son cœur. Les cloisons se fissuraient, l’immensité de l’Univers s’ouvrait à elle à travers des mots assemblés pour lui fournir informations ou divertissements. Elle s’accrochait à l’espérance d’y trouver le repos de son âme. Les réponses à ces questions qu’elle n’osait formuler, celles qui font chavirer les convictions et bousculent les arrangements passés avec la réalité. Derrière les caractères d’imprimerie et les lettrines peintes, Eugénie avait entraperçu un interstice plein de promesses de liberté. Elle y passait donc ses journées entières. »
« Après une heure, Eugénie s’exclama avec irritation : « A quoi sert d’être reine dans un royaume où les reines ne sont que des porte-couronnes, des portes-pouvoir, des portes fermées ? A quoi sert donc d’être reine, si je n’ai pas même de pouvoir sur moi-même ?! » »
La narratrice apprend le 31 décembre que son mari Marc-Aurèle, vient de se tuer dans un accident de voiture. Elle se retrouve seule à imaginer la vie avec leur futur bébé. Un enfant qu’elle a beaucoup espéré, mais qui semblait moins essentiel pour lui. Elle s’interroge sur le couple qu’ils formaient, sur leurs familles si différentes, les conventions sociales.
Un roman sur le deuil mais aussi la vie, puisque la narratrice est résolument tournée vers sa fille. On est toujours plongé dans ses pensées. Elle fait des allers-retours dans le passé. Il n’y a pas d’autre point de vue. A part le « chœur des familles », comme un chœur antique dans les tragédies, qui apporte un regard extérieur.
C’est émouvant mais sans pathos, tout en pudeur et finesse, avec une écriture ciselée. La musique traverse également les pages. Un roman noir que j’ai trouvé magnifique et que je vous recommande. D’ailleurs j’avais beaucoup aimé son premier roman, une autrice à suivre !
Je remercie Netgalley et Phébus pour cette lecture
Replay et podcast de la rencontre VLEEL à venir
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
Incipit : « Tes gants de conduite sont au premier plan de ce portait que j’ai pris de toi, posé sur la console du salon. »
« Jim est le survivant de sa moitié comme je le suis aussi. Et si mes larmes ne coulent pas, je les sens creuser une galerie souterraine entre mon cœur et mes entrailles, car nous avons perdu une partie de nous-mêmes, mais lui peut-être plus que moi. Et mes larmes, stalactites intérieures, sont d’abord pour Jim. »
« De retour à l’appartement déjà obscurci par le soir hivernal, je savoure ma solitude qui est encore une proximité avec toi, toi qui aurais ri et tourné en ridicule cet anniversaire incongru. Moi qui ai refusé qu’on le fête chez mes parents, comment ai-je pu me laisser piéger ? Moi qui déteste ce rituel depuis mes trente ans, quand l’absence de l’enfant si désiré m’avait fait quitter la table les larmes aux yeux, devant mes parents, mon frère et mes sœurs interloqués. Sans toi, je me renie. »
« Garçon ou fille, j’imagine le bébé comme ton sosie. J’ai peur qu’il soit un garçon. Je serais paniquée d’élever un petit homme, de mal faire, de le castrer. En tant que fille aînée, j’ai l’habitude de tout régenter. Mon frère a dû se construire dans un environnement hostile, une famille de femmes fortes, je n’ai pas envie de ça pour notre enfant. Toi, tu es le fils d’un militaire, le fils d’une lignée d’hommes, où les bagarres avec Jim étaient quotidiennes. Les garçons, c’est comme ça. Alors j’espère que le bébé est une fille. Une petite poupée avec ton visage. »
« Tomber amoureuse, voilà le risque. Avoir un enfant, un compagnon qui mourrait avant moi, voilà mon cauchemar. Certains la taxeront d’égoïsme, quand il s’agit de survivre. Nous sommes des survivantes. »
Nous sommes aux États-Unis. Paul a besoin d’une greffe d’organe. Son médecin l’envoie dans un institut « jeter un œil aux organes » pour voir si l’un d’eux lui conviendrait. Imaginez une piscine où flottent des organes. Une jeune femme en combinaison de plongée et palmes, Emily, s’occupe d’eux car sans contact humain ils dépérissent. Elle les surveille et retire ceux qui meurent.
Emily demande de l’aide à Paul pour retirer son équipement et l’instant d’après ils se retrouvent enlacés. Après leurs ébats, chacun rentre chez soi. Paul a très envie de revoir Emily. Puis d’autres événement viennent bousculer le cours de sa vie et sa recherche d’organe. Il rencontre Leo, un nettoyeur de moquette dépressif, avec qui il va partir en Islande.
Dans ce roman loufoque, on ne s’ennuie jamais. On va de rebondissement en rebondissement, sans savoir comment cette histoire se terminera. Les situations sont à la fois drôles et poétiques. En tout cas c’est très plaisant à lire et j’ai passé un excellent moment avec Paul.
Si vous aimez les univers décalés ou absurdes, l’imagination à foison ou vous laisser emporter par une histoire rocambolesque, ce roman devrait vous plaire.
Mention spéciale pour l’illustration de couverture réalisée par Candice Roger qui résume bien l’univers du livre. Il est traduit de l’américain par Guillaume Mélère, également éditeur de la maison d’édition indépendante qui publie cet olni (objet littéraire non identifié), les Monts Métallifères. Je vous invite à découvrir son catalogue. Plusieurs livres se trouvent actuellement dans ma PAL (pile à lire) et je vous en reparlerai à l’occasion.
Cette lecture me permet de valider la case « littérature américaine » du challenge de l’hiver VLEEL qui se termine dans quelques jours !
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Incipit : « Je pensais que j’étais en train de mourir, petit à petit et morceau par morceau. Certains jours je me sentais bien, comme si l’animal, ou la machine, ou ce que j’étais d’autre à ce moment-là, pouvait facilement accepter l’idée que toute cette affaire, cette histoire de mort, n’était qu’un mauvais rêve, certes éveillé, qui avait trouvé le moyen d’infiltrer mon esprit pendant que j’attendais au feu rouge au coin de la rue et que toutes les voitures faisaient leur vie autour de moi, crachant leur fumée dans mes poumons, me cassant les oreilles avec leur radio. Mais le truc, c’est qu’elles continueraient ainsi pour toujours, et moi pas. Au fait, je m’appelle Paul. Et puis le feu passerait au vert, et je me retrouverai ailleurs, dans une animalerie, ou sur un tabouret au comptoir d’un piano-bar, et je comprendrais que j’avais fait fausse route ; j’irais bien jusqu’au prochain battement de paupières, et puis soudain la mort serait là, de retour avec un grand sourire. »
« L’aéroport de Reykjavik correspondait assez à ce que n’importe qui pourrait imaginer, même quelqu’un comme moi qui n’était jamais allé en Islande. Il était plein de courants d’air, avec des snackbars qui servaient toutes sortes de poissons et du thé chaud, de grands carreaux de céramique teintés de couleurs désespérément joyeuses, des poubelles noires en forme de cartouches de revolver, et des personnages blonds dépressifs errant dans cet endroit qui avait dû incarner autrefois l’idée rassurante de déplacement, même si ce n’était que pour les autres. Toujours est-il que l’effet général, en dépit de l’obscurité, du froid, et de l’heure tardive, trahissait quelque chose de curieusement festif. C’était comme si, pour ces pauvres êtres humains toujours coincés sur leur morceau de glace de la taille d’une île, n’importe quel déplacement, même par procuration, même les arrivées et les départs de parfaits étrangers, était en soi un motif de réjouissance. »
Katherena Vermette est une autrice autochtone récompensée par le Prix du Gouverneur général, elle est également cinéaste. Dans ce magnifique recueil, traduit de l’anglais canadien par Rose Després, elle rend hommage à ses racines et surtout aux « femmes pareilles aux rivières, qui façonnent le monde autour d’elles, érodant une à une les pierres de l’oppression raciale, et accueillant la vie. »
Elle aborde beaucoup de thèmes comme la famille, la transmission, l’amour, la maternité. La nature est très présente. Ce recueil est tellement beau que j’avais envie de mettre un post-it à chaque page.
Je remercie les éditions Dépaysage pour cette lecture poétique
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
Nuit
arrive aussi confortable qu’un lit aussi encombrant que des branches aussi douce qu’un arc pour poser la main dessous aussi riche qu’une tranche de lune si sucrée tu dois m’offrir des cuillerées en petites bouchées rondes que je grignote lentement les savoure en forgées longues et langoureuses lapant leur texture avec ma langue un goût si magnifique il me manque avant même d’avaler
Parle
parle jase écoute sois silencieux comme le lac en hiver
J’ai raté son gel maintenant il est froid et tranquille comme un
ne parle pas ne jase pas ne chuchote pas entends-les vent arbres se parlent
les fantômes racontent des histoires ceux qui se dégagent du lac dansent à travers la brousse tombent sur nos cheveux ces histoires-là
parlent maintenant jasent chuchotent écoute écoute n’oublie pas d’écouter
Anishnaabemowin
je sors le livre le soir quand on s’assoit ensemble tranquilles je veux apprendre le langage que j’aurais dû connaître ma langue trébuche sur les voyelles doubles comme des pieds dans les chaussures trop grandes
je me souviens des mots tout aussi intangibles que des rêves tellement réels la nuit mais le jour je ne les saisis pas tout à fait
Femme-rivière
cette rivière est une femme elle est brillante et elle est belle elle a déjà porté toutes les nations jusqu’ici mais elle est une de ces femmes trop vite oubliées rompue comme un corps qui supplie sans mots seules des mains rugueuses qui s’étendent les paumes élevées
cette rivière est une femme elle a été draguée puis traînée des bobines de métal agrippent ses cheveux emmêlés tous veulent connaître ses secrets mais elle les garde ne les lâchera pas à moins de vous faire confiance à moins que vous demandiez très gentiment à moins qu’elle en ait envie
cette rivière est une femme elle est pleine de bonnes intentions vilains regrets parfois elle se replie simplement sur elle-même peut se ralentir en gadoue puis se précipiter à la course courants indiscernables schémas intangibles et en dessous elle va encore plus vite
cette rivière est une femme infinie retournant s’entortillant vers le nord un serpent sculpté dans l’herbe des prairies se cachant partout érodée par l’âge gravée dans les lisières et nouvellement née chaque jour
cette rivière est ton amante elle s’enroule autour de toi pulse et te remplit comme un battement de cœur si tu es très silencieux tu n’entends qu’elle
cette rivière est ta mère elle coule encore et encore inaperçue ensuite elle entre en se faufilant elle sort furtive comme si elle n’avait jamais été ici comme si elle était toujours ici
cette rivière est ma sœur elle est brillante et belle et brune chante doucement chaque été nous soutient tout l’hiver puis chaque printemps se gonfle nous rappelle que nous ne sommes que des visiteurs ici celui-ci est son pays elle est cette femme-là sa voix juste se projette cassée par tout ce qui a été jetée en elle mais son esprit réussit à rager car semble-t-il une chanson comme elle ne s’éteint jamais
Métis Sage
mon sang est ici depuis toujours aussi enraciné que la rivière et tout aussi menacé
ce corps a martelé prairie et pemmican piétiné et considéré chaque butte et trou
nous ne sommes pas moins que l’énorme ciel tout étiré rien de plus que les cheveux ballant qui dansent dedans
mon sang est ici depuis toujours aussi longtemps que la terre et aussi peu protégé
En 1972, le professeur Daniel W. Stoddard réunit quatre jeunes chercheurs de l’université de Berkeley. Ensemble, ils mettent au point un programme avec un ordinateur IBM 360 permettant de faire des projections sur l’évolution de la planète. Ils rédigent leurs conclusions dans le rapport 21 et alertent sur l’urgence écologique.
Ce roman choral raconte l’histoire de ce rapport et les suites de sa publication. Une bonne partie du roman est centrée sur le couple américain Mildred et Eugene Dundee. Ils se sont déplacés en Europe pour faire des conférences et promouvoir le rapport. Ensuite la parole est donnée au polytechnicien français, Paul Quérillot. Il raconte son point de vue sur cette aventure qui a bouleversé leurs vies. Le quatrième chercheur est un mathématicien norvégien, Johannes Gudsonn. La cabane du titre, c’est celle de Gudsonn où il se réfugie pour fuir la croissance exponentielle du monde et ses effets sur la nature. Un être insaisissable qui disparaît et qu’un journaliste français tente de retrouver 50 ans plus tard. Rudy écrit un article pour les 50 ans du rapport 21.
L’auteur indique en préambule qu’il s’est inspiré du rapport Meadows sur « Les limites de la croissance », du MIT en 1972. Je salue la somme de travail pour vulgariser ce rapport et montrer la non prise de conscience de l’urgence écologique.
C’est très documenté mais j’avoue n’avoir pas été séduite par l’écriture plutôt journalistique. Pour moi, il y a trop de longueurs et de détails. Le roman devient intéressant et romanesque quand on découvre le journal de Gudsonn, mais ensuite il prend un virage ésotérique. Je me suis donc ennuyée et je me suis forcée à terminer ce livre pour ma participation au jury du Prix du Roman d’Écologie. Une lecture mitigée pour ma part où je n’ai pas toujours saisi les traits d’humour. Mais il a été apprécié par d’autres lecteurs puisqu’il est lauréat du Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point 2024.
⭐⭐⭐
Note : 3 sur 5.
Incipit : « Le 1er juillet 2007, le Français Paul Quérillot rendit visite au couple Dundee, à l’occasion d’un colloque qui l’avait conduit à traverser l’Atlantique pour se rendre non loin de leur élevage de porcs, au sud de Salt Lake City. A cette date, les quatre auteurs du « rapport 21 » étaient encore en vie. »
« Il n’y a rien de plus monstrueux qu’une fonction exponentielle, poursuivit le maître. Or, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes entrés dans une ère de croissance exponentielle. Mais nous ne nous en inquiétons pas, pour une raison très simple : le bon sens ne craint pas ce qu’il ne peut pas se représenter. La seule chose qui nous intéresse, c’est de constater que l’humanité s’enrichit. »
« Je ne suis pas le premier à penser que nous allons au-devant de très graves problèmes. De l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle, peut-être. Seulement, personne n’a jamais pu le démontrer. Scientifiquement, je veux dire. C’est ce que je vous propose de faire. »
« Gros Bébé était formel : aucune de ces mesures ne pouvait, seule, éviter l’effondrement. Pour espérer une issue favorable, elles devaient être mises en œuvre SIMULTANEMENT… et IMMEDIATEMENT. En d’autres termes, il fallait ralentir immédiatement la croissance mondiale. Et, dans le même temps, introduire un contrôle drastique des naissances, ajoutait Eugene, soucieux, presque vieilli. Quérillot se mit à fumer. Plus personne n’avait envie de rire, pas même Mildred, la plus enjouée des quatre. »
« Est-ce que Nixon allait démissionner, c’est ce qui passionnait les citoyens américains de 1974. L’avenir des États-Unis dans deux ou dix ans, disait-on en substance aux Dundee, est une chose sérieuse. L’avenir du monde dans cent ans ne l’est pas. L’avenir du monde est une préoccupation oiseuse, une lubie bizarre pour tout dire. Si on se préoccupe de l’avenir du monde alors on oublie l’avenir des États-Unis et pendant ce temps-là les Chinois n’oublient pas l’avenir de la Chine, eux. Les Russes n’oublient pas l’avenir de la Russie, eux. Et pendant que vous rêvez tout haut, pendant que vous lisez l’avenir dans vos graphiques et vos modèles compliqués, vous vous faites voler. Les Chinois et les Russes vous font les poches en riant. Ils nettoient les poches, littéralement. L’avenir du monde est une préoccupation de perdant, de raté, de poissard, ça déprime tout le monde et rapidement les gens vous fuient comme si vous aviez la peste. Les gens n’avaient pas envie qu’on les angoisse avec des images de destruction et de mort. Ils en avaient eu envie un peu, un moment, à présent ils en avaient assez. Ils ont aimé se faire peur, parce que la vie était incroyablement douce, et que l’on pouvait se payer ce luxe-là, de penser aux siècles à venir. A présent la vie est un peu moins douce. »
« Mildred et Eugene firent l’expérience amère des vieux chanteurs d’un seul succès, les has-been qui ressassent leurs tubes dans des salles des fêtes après avoir connu l’ivresse du Carnegie Hall. »
« En 1980, l’espoir des Dundee fut brisé net. Au moment de voter des mesures concrètes, les parlementaires américains tortillèrent du cul, tergiversèrent. Un groupe d’experts, réuni au mois d’octobre. Au milieu des stucs rose meringue, les participants bricolèrent un texte embarrassé, bourré de conditionnels et d’incertitudes. »
« A vrai dire, les Dundee avaient senti aussi qu’il se passait quelque chose. L’année 1992 avait été l’occasion d’une nouvelle jeunesse du rapport. Toiletté par Mildred, réactualisé, il s’était vendu auprès d’une jeune génération qui ne savait pas encore lire en 1972. Le livre était auréolé d’une revanche éclatante, celle des chiffres : vingt ans après le rapport, chacune de ses anticipations s’était révélée exacte. »
« Ce retour en grâce coïncidait avec le sommet de la Terre qui se tint à Rio de Janeiro, au mois de juin de cette année-là. Les Dundee avaient été invités. »
« En gros : les écologistes formaient une caste d’emmerdeurs professionnels, de gens qui détestaient la vie ; non contents d’y renoncer pour eux-mêmes, ils ambitionnaient de gâcher celle des autres. »
« Je voyais bien qu’il y avait un problème. Seulement, il me semblait qu’il n’était pas nécessaire de tout remettre à plat, c’était un problème localisé, il suffisait de changer un peu, de protéger les maisons avec de laine de verre, remplacer les radiateurs de type « grille-pain » par des poêles à granulés, faire le tri. Ce n’était pas la peine de se mettre la tête à l’envers, quoi. Jiminy Cricket me susurrait encore à l’oreille, mais il ne portait plus la toque du Duce, il l’avait troquée contre une chemise Bruce Field immaculée et des petites lunettes carrées de cadre chez Areva. Au lieu d’éructer il parlait doctement, ses mains jointes en chapiteau : « le cri d’alarme des écologistes est justifié, mais pourquoi s’accompagne-t-il d’autres réflexions totalement délirantes qui jettent le doute sur tout le reste : animisme, hantise des vaccins, obsession antinucléaire, et surtout (pensais-je alors) technophobie primaire qui les conduit trop souvent à jeter le bébé avec l’eau du bain ? » Évidemment, j’étais encore loin du compte. Il me fallut quelques années supplémentaires pour comprendre que les pamphlétaires conservateurs, tout brillants qu’ils fussent, étaient des imbéciles. »
« Je terminai le rapport. Le livre n’était pas une lecture aisée, et cependant il était d’une puissance rare. Il racontait, en creux, un aveuglement collectif qui durait depuis cinquante ans. Un demi-siècle après sa publication, même un lecteur averti le prenait en pleine face. »
« Les inégalités étaient un des cancers abordés par le rapport 21. De façon curieuse, d’après Mildred Dundee et ses collègues, elles participaient de la frénésie consommatrice. Une société inégalitaire consommait plus, écrivaient les auteurs. Ce, à cause d’un phénomène appelé consommation ostentatoire, forgé par un sociologue américain au début du XXe siècle. Il se résume assez simplement : chaque classe sociale veut imiter celle du dessus, et notamment ses habitudes de consommation (les « signes extérieurs de richesse »). De cette manière, les inégalités entretiennent une compétition mortifère et alimentent la spirale infernale qui conduit à l’épuisement des ressources. »