Les projectiles / Louise Rose

Dans des chapitres à rebours (de 16 à 1), Bébé nous emmène dans son voyage ou plutôt sa fuite, sur les traces de son enfance chez la Monique et Tonton Bermuda. La jeune femme égrène des souvenirs. On comprend qu’elle a grandi dans une famille d’accueil. Au fur et à mesure des chapitres on reconnecte les éléments/événements entre eux. Cela crée une sorte de suspense. On se demande ce que Bébé fait là. Quel est le point de départ de son voyage ?

Un premier roman intéressant qui a su m’intriguer et que j’ai apprécié. La construction est originale et le personnage principal marque les esprits. Il y a des expressions très imagées, une langue inventive. L’autrice joue avec les mots et la langue. Mais il faut avouer qu’entrer dans ce roman n’est pas des plus faciles. En tout cas il faut accepter de ne pas tout comprendre du premier chapitre.

A lire si vous aimez être surpris par vos lectures et que les OLNI (objets littéraires non identifiés) ne vous effraient pas !

Il fait partie de la sélection des 68 premières fois.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un, zéro. Punaise. Bébé n’y croit pas, c’est impossible, elle ne peut pas avoir zéro doigt. Elle a raison : elle s’est trompée. Zéro c’est réservé aux fusées qui décollent et aux dernières secondes de décembre. Elle a compté trop loin jusqu’au désert, celui où les points de départ vont s’enterrer, c’est ce qu’elle se dit. Normalement on ne pense pas à ces choses-là sauf que Bébé est comme tout le monde, pas normale. Son dernier départ en date est un point de la taille de rien, pourtant elle ne peut s’empêcher de penser à ce grain de poussière. »

« Elle lui avait tout raconté. Deux jours plus tôt. Un gros orage, la foudre, le saule. Les flammes, rien pu faire. Ta cabane a brûlé. Ma petite chérie, tu es toute rouge arrête d’arrêter de respirer tu ressembles à une tomate. Bébé n’avait pas mis tous les mots dans ses oreilles. Elle en avait assez vu pour comprendre que c’était fini. Les thés à la boue avec les peluches, les siestes avec Mickey Parade en toit sur le visage, son mirador d’amour à l’abri des serpents, c’était basta pour toujours. Elle n’avait pas pleuré, les enfants-statues ne pleurent pas, les larmes restent au fond du ventre sous dorme de petits cailloux. »

« Tuveukoua mon poussin dlachipo dlamerguez oudlandouill ? D’habitude Bébé prenait un peu des trois, mais ce jour-là elle n’avait pas faim, dans son ventre les larmes avaient pris toute la place. Tonton Bermuda avait posé le plat de viande sur la table et s’était assis. Entre deux bouchées d’andouille, il racontait.
Lorajdyadeujour jdormé skimaréveyé célodeur jtéapoêl totalapoêl jmesuilvé jérgardéparlafnêt pilajévulacabandelaptite orib toutenfeutoutenflam laplouzossi jécourudanljardin vekletuyaudarozaj méstétrotar bindidon mon poussin tupleur pourkouatupleur ? Itarivkoua articulkantupleur ! Koualasouch kesskelalasouch ?
Après ça, elle ne se souvient plus, sans doute que tout le monde a mangé la quiche de la Monique en disant qu’elle était à tomber par terre. Les adultes s’effacent, les chiennes passent, le temps pète et atterrit dans l’immédiat. »

« Hier elle a abusé, elle a trop picolé. Elle pense aux raisins secs du rayon Vrac au supermarché, ceux qui sont coincés entre le plastique et la poignée du distributeur, elle se sent comme eux, collante. »

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