J’ai été totalement embarquée dans cette histoire où les sens sont en éveil. J’ai tourné les pages avidement pour savoir ce qu’il allait advenir des personnages, tellement attachants, notamment Sylvaine.
Le roman se déroule principalement à la campagne. A une époque difficile à dater, entre le Moyen âge et le 19ème siècle. Peu importe, à l’instar des contes, c’est l’histoire qui nous intéresse.
Sylvaine vient d’avoir son premier enfant, Jehan. Comme beaucoup de femmes autour d’elle, elle devient nourrice pour gagner un peu d’argent. Elle peut soit accueillir un bébé de la ville pour l’allaiter, soit se rendre à la ville pour être nourrice dans une famille mais elle ne pourra pas s’occuper de son enfant et devra le confier. Les bourgeoises n’allaitent pas. Les hommes décident de tout y compris du corps des femmes.
Il y a aussi les bébés abandonnés ou les « Trouvés », déposés à la Tour dans une boîte. Le lait rapporte moins dans ce cas. Une fois son certificat acquis après une visite médicale, Sylvaine reçoit une petite fille de la ville, Gladie. Elle s’attache à ce petit être qu’elle allaite alors qu’il n’y a aucun lien de sang entre elles.
Et puis il y a une deuxième voix à travers un journal. Mais je ne peux pas en dire davantage sans trop en dévoiler. En tout cas Sylvaine ne sait pas lire et ne peut pas lire ce journal. Les lecteurs découvrent des éléments dont Sylvaine n’a pas connaissance.
Ce livre parle de maternité, il y a des scènes d’accouchement très viscérales. La vieille Margot aux allures de sorcière est présente pour les accouchements de Sylvaine. Les différents éléments interviennent au fil des pages : la lune, la terre, le feu et le vent. Un peu de merveilleux souffle par moment. La description de la nature est magnifique. D’ailleurs la nature est un personnage à part entière.
Le trafic du lait maternel est une histoire méconnue pour ma part. Séverine Cressan met en lumière les nourrices, ces femmes invisibilisées. J’ai trouvé ce livre très poétique. Il a des allures de fable éco-féministe avec la fin notamment. Il met en avant la transmission des savoirs entre les femmes. Il est à la fois tendre et plein de révolte.
Ce premier roman est une réussite. Les éditions Dalva ont encore déniché une pépite en cette rentrée littéraire.
Replay et podcast de la rencontre VLEEL à venir.
Incipit :
« C’est nuit de lune pleine.
Roux, colossal, aussi rond qu’un ventre sur le point d’enfanter, l’astre flotte bas dans le ciel couleur d’ardoise. Une brime épaisse recouvre la plaine comme un châle, se masse dans les replis du relief, s’effiloche à l’orée de la forêt. Dans le creux de la vallée se niche le village endormi, masqué par le voile blanchâtre, nébuleux. Seule la ramure imposante d’un chêne centenaire émerge du brouillard, île de verdure entourée par la ronde des toits qui se serrent. »

Une très belle découverte de cette rentrée littéraire !
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