Le désir dans la cage / Alissa Wenz

J’avais découvert Alissa Wenz avec la sélection du Prix Orange 2022, depuis je suis ses publications. Ce roman raconte la vie de Mel Bonis, compositrice, née en 1858 et décédée en 1937. L’autrice étant elle-même musicienne, compositrice et interprète, le choix de ce portrait me paraît tout naturel.

On découvre ainsi la vie de Mélanie, depuis son enfance jusqu’à ses derniers jours. Ses parents refusent dans un premier temps qu’elle prenne des cours de piano car cela coûte cher. Puis quand on leur dit que savoir jouer du piano est un atout quand on cherche à faire un bon mariage, ils l’inscrivent. Elle s’épanouit dans l’étude de la musique. Douée, elle intègre le conservatoire où elle rencontre le chanteur Amédée-Louis Hettich. Un amour réciproque naît entre eux. Quand Amédée formule sa demande de mariage, les parents de Mélanie lui répondent que ce ne sera pas possible. Ils veulent mieux pour leur fille. Elle est obligée d’arrêter le conservatoire et d’épouser un homme riche, de 20 ans son aîné.

La vie l’éloigne et la replonge dans la musique au fil des événements. Sa passion pour la musique et la composition est source de bonheur et d’émancipation. Son désir pour Amédée brûle encore et toujours.

J’ai été gênée dans ma lecture au début par le tutoiement de la narratrice s’adressant à son personnage féminin. Puis je me suis habituée. Et j’ai trouvé que l’utilisation de ce pronom renforçait les moments de désir et de tourment de Mélanie.

Un beau portrait de femme de la fin du 19ème siècle qui s’indignait de la place réservée aux femmes dans ce monde dirigé par des hommes.

J’ai eu envie d’écouter la musique composée par cette artiste que je ne connaissais pas. Une belle découverte grâce aux Avrils et à Alissa Wenz.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Tu regardes le visage glacé de la petite fille. Elle ne respire plus, c’est fini.
Tout est silence autour de toi.
Tu comprends. Ça ne sera plus jamais. Clémence Bonis, plus jamais. Ses boucles brunes, muettes. La robe blanche, les dentelles. Le corps de porcelaine, étendu sur le lit. Les lèvres toutes fines, pâles, plus jamais.
Clémence est morte. Une main adulte lui a fermé les yeux. La bouche reste étrangement ouverte, comme une promesse qui n’aurait pas eu le temps d’être formulée.
C’est un matin de l’année 1864, à Paris. »

« On t’a laissé le piano, on t’a laissé la musique. La beauté commence à fleurir dans le cercle, dans la cage, et peut-être suffira-t-elle à ton bonheur. »

« Tu es seule dans la rue, blottie dans ton long manteau au col serré, aux manches bouffantes, et tu regardes les nuages. Tu te demandes comment tu as pu vivre aussi longtemps sans cela. Tu te demandes si l’on pouvait appeler cela ainsi, vivre, tu te demandes si tu étais vivante. Il te semble que la musique est l’autre nom de la vie même, l’autre nom de ta vie, et que tu l’avais tout simplement oublié. A l’angle de la rue de Marivaux, tu passes devant le Café Anglais, si prisé des Parisiens. Des hommes y sont attablés en foule, vêtus de noir, sirotant absinthes ou cafés, lisant journaux, fumant cigares. Ils se ressemblent. Seulement des hommes, toujours des hommes, des hommes qui se ressemblent. Dans la rue, dans les cafés, partout. Tu te demandes où sont les femmes. Où elles se cachent, où elles se meurent. Tu penses à Mel Bonis, que tu as vue renaître aujourd’hui. Tu arpentes le boulevard des Italiens, et tu déplies le papier qu’Amédée t’a remis, son nouveau poème.
Je n’ai point désappris le charme et la douceur
De me guider à toi dans la nuit des années
 »

3 commentaires sur « Le désir dans la cage / Alissa Wenz »

  1. J’ai bcp aimé aussi ce portrait de femme téméraire et talentueuse. J’ai fait comme toi, je suis allée écouter ses œuvres. Pas forcément, un coup de foudre mais des créations à découvrir. En tout cas, on en finit pas de découvrir des femmes invisibilisées après leur mort. Et c’est une juste remise en lumière !

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