Voici un premier roman original de cette rentrée littéraire que j’ai beaucoup aimé et que je vous recommande. Plusieurs voix se mêlent. Nous sommes dans l’entre-deux-guerres.
Un couple bourgeois, Alexandrine et Blaise Daniel, emploie une bonne. Ce n’est pas la première qui travaillent pour eux. Blaise a une particularité. C’est un mutilé de guerre depuis 20 ans, une gueule cassée. Infirme, il ne peut rien faire seul et suscite le dégoût chez les autres. Son handicap fait rapidement le vide autour d’eux.
Dans le roman, on découvre la rencontre entre Alexandrine et Blaise. Il était pianiste, d’ailleurs elle est tombée amoureuse de lui grâce à sa musique. Aujourd’hui il ne peut plus vivre sa passion. Il peut seulement écouter des disques sur un gramophone.
Alexandrine se dévoue entièrement à son mari. Pour une fois, elle s’autorise une sortie loin du quotidien éprouvant. Pendant ce temps, c’est la petite bonne qui s’occupe de lui. Mais lui a une autre idée en tête et il espère bien que la bonne acceptera. Il la trouve trop jeune mais mieux que les précédentes. Une relation étonnante naît entre ces deux êtres et la fin m’a totalement surprise.
La forme est originale. Le texte est tantôt aligné à droite, tantôt à gauche tel un poème, tantôt justifié. Je vous laisse découvrir qui sont les voix derrière ces mises en forme, entre prose et vers libres. La construction et l’écriture sont aussi intéressantes, d’un style inédit, très efficace. Tout ce que j’aime dans les premiers romans.
Derrière ces voix on ressent surtout la condition sociale et féminine d’une femme. La petite bonne qui n’a d’ailleurs pas de prénom. J’ai beaucoup aimé découvrir la psychologie des personnages. Tel un jeu de piste, j’ai rassemblé les éléments pour cerner les voix et leur histoire.
Bref un très bon moment de lecture, comme toujours avec Les Avrils.
Je remercie Netgalley et Les Avrils pour cette lecture
Incipit :
Les cent pas
j’aimerais pouvoir les faire
réellement
Ici c’est cinq pas dans la longueur
à peine trois dans la largeur
et vraiment des petits pas
des traversées
il en faut quelques-unes
pour arriver à cent
C’est long
mais jamais assez
Malheureusement
j’ai tout mon temps
pour compter mes pas »
« Qu’est-ce que c’est lourd
Elle se dit ça à chaque fois
chaque jour
chaque nuit
Quand il faut se lever
que tout le monde dort encore
Le monde entier repose
dans un grand silence
même chez elle
rassembler le matériel
sans réveiller personne
sans entrechoc
sans rien renverser
les balais
les brosses
les savons
les serpillières
les chiffons
le vinaigre
les éponges
Tout
mettre dans le panier
Oh hisse
L’arracher de terre
un soupir douloureux
dans la nuit silencieuse »
« Une gueule cassée
une femme désespérée
et une maladroite
Nous voilà bien »
« Elle avait honte de son ignorance de petite bonniche »

Je l’ai commandé…
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😊 un bon moment de lecture en perspective !
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