J’ai mis un peu de temps à entrer dans l’histoire du fait de la multitude de personnages, mais ensuite je l’ai dévoré.
Ce premier roman nous plonge dans le quotidien des urgences d’un hôpital de banlieue parisienne, à Villedeuil. Il y a Jean-Claude, chirurgien, qui y a fait toute sa carrière. Aimée, jeune interne en stage et qui connaît par ailleurs Jean-Claude. Laetitia, une jeune infirmière qui tient l’accueil des urgences. Elle vit avec Kamel, tout juste diplômé et en recherche désespérément de son premier emploi. Ils ont grandi à Villedeuil et n’imaginent pas vivre ailleurs. Fabrice est médecin au SAMU, bientôt père et il fuit ce rôle.
L’autrice nous fait entrer dans la vie de chacun de ses personnages, avec ses rêves, ses doutes, ses états d’âme, ses désillusions. Le personnage qui m’a le plus plu est celui d’Aimée. Fragile, elle essaie d’oublier Arnaud, le fils de Jean-Claude qui a disparu du jour au lendemain. Tout bascule vers la fin de l’année, lorsqu’un médecin est en arrêt et qu’il n’y a personne pour le remplacer. Aimée va se retrouver seule à gérer les urgences sans superviseur.
Ce roman dénonce le manque de moyen des hôpitaux et salue le courage des personnels soignants. Cette histoire peut faire froid dans le dos, mais elle est très certainement proche de la réalité. Claire Vesin est elle-même médecin, cardiologue pour être précise.
Les chapitres alternent entre les protagonistes et offrent différents points de vue. Construit avec des phrases courtes, ce roman noir social est difficile à lâcher tant on s’attache aux personnages. Un premier roman efficace et qui sonne juste !
« Blanches » fait partie de la sélection du Prix Orange du Livre 2024.
Incipit :
« Il n’est pas encore dix heures, et des gouttes de sueur coulent déjà le long de ses flancs. Trente-quatre degrés sont prévus aujourd’hui ; elle a ouvert les deux fenêtres de l’appartement, mais l’air reste immobile, comme figé.
Aimée lit une nouvelle fois le SMS d’Arnaud. »
« Laetitia était un peu jeune pour tenir l’accueil. Elle n’avait pas choisi ce poste, il était vacant depuis des mois quand elle avait demandé à changer de service. Elle aurait pris n’importe quoi plutôt que de continuer à travailler en gériatrie. Quand elle repensait à ses deux années là-bas juste après son diplôme, elle en arrivait à douter de ses souvenirs. Elle avait tenté d’oublier. Ne lui restaient que des images glaçantes, figées dans sa mémoire. […]
Il fallait courir sans cesse, prendre les tensions, distribuer les médicaments, retourner une patiente pour la toilette, faire avaler le repas mixé, changer les draps, asseoir au fauteuil les plus vaillants, et tout cela avant midi pour les vingt-trois malades de l’unité. Au moins, aux urgences, elle ne voyait les patients que cinq minutes. Elle n’avait même pas besoin de les regarder dans les yeux : ils étaient plus faciles à oublier. D’ailleurs elle dormait mieux depuis qu’elle travaillait ici. »

Un roman nécessaire sur les difficultés du milieu hospitalier public. J’admire son ton, toujours mesuré, alors que j’étais dans un état de colère rare devant tant de maltraitances des personnels. 😉
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❤️🤗
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