Le ciel en sa fureur / Adeline Fleury

Dans un village en Normandie, des événements étranges ont lieu : une pluie de grenouilles s’abat sur le lotissement, des animaux sont retrouvés morts ou mutilés dans les fermes. Julia et Stéphane, deux femmes arrivées de la ville pour fuir quelque chose, s’interrogent sur ces phénomènes. Les habitants parlent d’enfant-fée, de fantômes, de choses irrationnelles. Le suspense monte tout au long du livre. Une ambiance prenante et mystérieuse plane sur ce roman. Faut-il croire ces légendes ? Y a-t-il une explication rationnelle à ces phénomènes ?

Des histoires du passé, des secrets remontent à la surface. Notamment la mort de Jojo, le fils de la Vieille, la rebouteuse du village. Le roman plonge les lecteurs dans les légendes et l’intimité des maisons, des fermes.

Julia est vétérinaire et Stéphane maréchal-ferrant. Elles sont au contact des animaux. Les animaux, eux aussi, sont effrayés, agités, comme les habitants. Ils sentent un danger rôder. Tout est décrit par les sens et donne une puissance aux scènes.

Voici un roman mené de main de maître, bien construit et écrit avec une très belle plume. L’atmosphère est très réussie. J’ai été totalement happée par cette histoire. Je l’ai dévoré afin d’en connaître les tenants et les aboutissants. Il a des allures de thriller ou polar. Des éléments sont dévoilés au fur et à mesure. Le suspense est maintenu jusque vers la fin. Un roman qui fait écho aux contes lus par l’autrice durant sa jeunesse mais aussi au réalisme magique des auteurs sud-américains.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire d’hiver qui fait également partie de mes lectures pour le Prix Orange du Livre 2024.

Et vous avez-vous été envoûtés par la plume d’Adeline Fleury ? ou vous laisserez-vous envoûter ?

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« La menace vient toujours du ciel. Ceux du lotissement le savent. Ils ont abandonné leurs activités dominicales et regardent en l’air, alertés par des coassements gras, épais et discontinus. Pourtant, ce n’est pas la saison des crapauds, en ce début d’hiver. C’est en mars qu’ils sortent de leur hibernation et en avril que démarre la saison des amours, la proximité des marécages justifiant parfois que les batraciens envahissent les jardins de ceux du lotissement. Ceux du lotissement ne connaissent pas la nature. Ce matin glacé, les gosses sont sortis tôt, réveillés par ces coassements qui ressemblaient à des grognements. »

« Le lotissement protège, englobe et enferme à la fois. »

« De gros crapauds bondissent des bosquets, des centaines de batraciens affolés et baveux, ils chargent les enfants qui hurlent de peur et se réfugient chez eux, les crapauds s’écrasent contre les portes et les baies vitrées. Des petites grenouilles brunes tombent du ciel. Ceux du lotissement ferment leurs volets bordeaux, ceux du lotissement sont terrorisés. Le corps de l’enfant du pavillon numéro 13 gît au milieu des feuillages, secoué de spasmes, couvert d’un liquide visqueux. L’assaut des crapauds ne dure qu’une dizaine de minutes, peut-être même pas plus de cinq minutes, mais semble une éternité à ceux du lotissement. La mère épouvantée de la fille du pavillon numéro 13 n’arrive pas à déverrouiller la porte de l’entrée, des morceaux de crapauds bloquent la clenche.
Les pluies de crapauds annoncent l’apocalypse. Certains ont lu ça dans la Bible. La pluie de grenouilles figure en second sur la liste des dix plaies d’Égypte qui, selon l’Exode, ont été infligées par Dieu à l’Égypte pour libérer son peuple prisonnier. Les gendarmes et pompiers ne tardent pas à arriver à la zone pavillonnaire, ils ne viennent jamais ici car d’habitude il ne s’y passe rien. »

« Seulement ici personne n’accepte l’idée du suicide, le suicide est l’arme des faibles, pense-t-on dans les chaumières. On préfère encore croire aux fantômes et aux fées maléfiques pour expliquer certaines morts brutales plutôt qu’au désespoir des vivants. Les histoires de fées, ça permet d’enrober de merveilleux les vérités que l’on ne veut pas affronter. »

« Quoi qu’il arrive elles sont liées, quoi qu’il arrive elles restent ensemble. Elles ignorent ce qui se trame dans cette maison, dans ce village où tout leur est hostile, de plus en plus hostile. Julia pense au dicton que la Vieille lui répète souvent : « Qui se fait bête le loup mange. » Elles sont les bêtes, reste à savoir qui est le prédateur. Elles se dévisagent et leurs yeux semblent dire que si elles s’en sortent elles partiront loin de cette campagne où les fées maléfiques rendent les gens fous. »

« Cette terre normande est parcourue d’ondes étranges, d’énergies contradictoires qui fragilisent les nouveaux arrivants, les secouent, font vaciller leur rationalité. Depuis leur arrivée au village. Les deux anciennes citadines ont du mal à comprendre comment des gens aussi ancrés dans la terre peuvent être autant attachés à tous ces contes et légendes fantasmagoriques. Cela doit avoir quelque chose à faire avec la mort. Les superstitions entourant les fantômes sont bien plus commodes à se représenter que la réalité de la finitude et de sa pourriture. »

4 commentaires sur « Le ciel en sa fureur / Adeline Fleury »

  1. Je ne connais pas l’autrice. En revanche, j’avais lu Humus chez le même éditeur et j’avais beaucoup aimé. Je pense que leurs livres pourraient me plaire. Ta chronique me le confirme en tout cas. ^^

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