Les certitudes / Marie Semelin

Anna vit à Paris. C’est une jeune journaliste en recherche d’emploi. Avant de s’installer chez Victor son amoureux, elle habitait avec Madame Simone, une personne âgée. Celle-ci lui avait dit qu’elle souhaitait être enterrée à Jérusalem. Anna ne connaît pas grand-chose de la vie de Madame Simone. Mais le jour de son décès, Anna la fait enterrer dans un cimetière parisien. Jusqu’au jour où le consistoire israélien appelle et les amis de Madame Simone découvrent qu’Anna n’a pas respecté ses volontés. Un mois plus tard, Omri Elfassi, un membre de la famille de Madame Simone, appelle la jeune femme. Il lui dit qu’elle a hérité d’un appartement à Tel-Aviv et lui demande de venir au plus vite. Arrivée sur place, la situation n’est pas simple. Omri ne répond pas à ses appels. Avec une certaine inconscience, elle parcourt les rues de Jérusalem et de Ramallah, pensant que sa nationalité l’épargnera dans le conflit israélo-palestinien. Anna rencontre des personnes des deux camps. On plonge dans la vie tourmentée de chacun, révélant la complexité de cette guerre. Peu à peu le passé de Madame Simone et son terrible secret resurgissent.

Plusieurs époques et plusieurs narrateurs alternent dans ce roman historique où les livres ont aussi un rôle. Un premier roman dense et ambitieux où « chacun des personnages affronte ses contradictions jusqu’à ce que ses certitudes vacillent ». Je suis curieuse de lire le prochain roman de cette autrice à suivre.

Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois 2026.

Note : 4 sur 5.

Prologue :
« Décembre 1967
Quand sommes-nous ? Nous sommes à l’hiver de Jérusalem. Le mauvais temps et l’intérieur de mon cœur la rendent sale et suintante. Boueuse et pleureuse. Tout goutte et glace. Les murs nous emprisonnent dans une humidité dont on ne peut fuir. »

Incipit :
« Le 9 octobre 2023 à douze heures une, comme tous les lundis, une foule d’étudiants entre dans la bibliothèque du Centre Pompidou. Ce jour-là, une petite femme au chignon blanc trotte parmi eux. Elle demande un renseignement et accède au premier étage.
Durant une semaine, elle lit la presse. Elle étale les titres sur une large table noire, à proximité des box de métal où se trouvent les journaux. Puis elle sollicite un documentaliste. Le jeune homme, serviable et patient, l’aide à effectuer ses recherches sur ordinateur. D’abord en lettres latines et ensuite, grâce à des claviers en ligne, en hébreu et en arabe.
Il l’ignore, mais il est désormais le seul à savoir qu’elle parle ces deux langues. »

« Quand la porte a fini de claquer elle a lancé comme ça, « warde, je veux être enterrée à Jérusalem ». Je n’ai rien dit et je n’ai pas eu de réaction folle car c’était la vraie vie et pas un film dramatique. Elle était de dos et je suis sûre qu’elle a bien entendu mon silence. Je ne connaissais presque rien de Jérusalem mais sans aucun doute je savais que se faire enterrer là-bas c’était un truc de juif. Il faut préciser ici que Madame Simone était juive sans y réfléchir, par constitution naturelle, pas par identité, juive comme elle avait les yeux noisette. A ma connaissance, cette spécificité n’avait dirigé aucune action de sa vie. »

« Iris sent la vanille, elle sourit sans s’arrêter et sa sueur a bon goût. Il a envie de le dire à Anna parce qu’il en a marre d’Anna. Il en a marre qu’elle fasse la gueule, qu’elle ne réponde pas, qu’elle ne sache pas si elle est malheureuse ou juste un peu déprimée et d’ailleurs est-ce que l’un c’est mieux que l’autre, il en a marre de ce voyage à la con, de ses prises de tête, il en a marre de culpabiliser de bosser parce qu’il voudrait monter à l’appart la consoler, il veut un truc simple, il veut que ça pète un bon coup, il veut qu’elle dise non ne fais pas ça et après elle va revenir, elle ira mieux il l’aidera, il l’appelle parce qu’il est énervé mais en même temps il est content à l’idée de l’entendre, enfin, si elle décroche, il a le cœur qui bat, c’est l’ivresse aussi, il s’appuie d’une main sur le mur. »

« Il sait très bien ce qui lui arrive : la même chose qu’au reste du pays. Pour un mort dans la gloire il y a cinq blessés graves, vingt blessés légers, cinquante traumatisés. Reste d’armée cabossée où ceux qui ont échappé au glorieux destin de héros mort se retrouvent misérables vivants, comprimés avec rien d’autre qu’eux-mêmes. Nulle part où s’enfuir. »

« C’est un grand et harmonieux cercle d’hostilité : les Ashkénazes détestent les mizrahim qui détestent les Arabes, qui eux détestent les Juifs qui se détestent entre eux. C’est agréable de haïr, un endroit bien confortable, où l’on se sent appartenir. »

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