Le pays dont tu as marché la terre / Daniel Bourrion

Ce premier roman est très court mais aussi chargé en émotions. En 125 pages, il rend hommage à un homme invisible, en marge de la société. Ce copain d’enfance est décédé subitement, seul. Il raconte des souvenirs d’enfance, d’adolescence au cœur de la campagne lorraine. Il se remémore la dernière fois qu’il l’a vu. Il dessine les contours de René dans un roman « pochoir » pour laisser une trace de lui, le sauver de l’oubli.

« Une mort lente, d’abord sociale, puis affective »

L’écriture est très particulière. L’auteur fait souvent de longues phrases, avec des groupes de mots qui ne sont pas toujours dans l’ordre scolaire appris, des phrases alambiquées. Grâce à la rencontre VLEEL, j’ai compris d’où vient sa construction des phrases . Elles sont constituées d’un mélange de langages. Sa langue maternelle n’a pas été le français mais le platt, un dialecte lorrain. Son village étant proche de l’Allemagne, il avait tendance à inverser la place de certains mots.

J’ai d’abord eu du mal à m’attacher à cet ami disparu trop tôt, certainement à cause de l’écriture. Puis l’histoire de cet homme et les fragments de souvenirs ont pris le dessus. Ce roman ne ressemble à aucun autre et j’ai hâte de découvrir le prochain livre de Daniel Bourrion.

Il est en lice pour le Prix Premières Paroles du festival Terres de paroles, parmi une sélection de 6 premiers romans.

Replay et podcast de la rencontre VLEEL à venir très prochainement.

Note : 3.5 sur 5.

Incipit :
« Je ne sais par où commencer, cela remonte au loin, suffisamment pour avoir laissé à quelques décennies tout le loisir de mâchouiller le peu qu’il reste de l’époque et tout autant de nous. »

« A compter de ces deux mois, nos vies ont bifurqué sans retour possible, et quand je dis nos vies, c’est la tienne et la mienne tout autant que la tienne par rapport à celles de ceux, celles qui ont fait comme moi, ont poursuivi pendant que tu disparaissais, littéralement. »

« Quand j’y pense, passer quelques années en ces nouveaux murs aurait pu t’offrir une autre vision du monde, te réconcilier peut-être avec lui, nous. Te donner envie de reprendre cette place que tu n’as jamais semblé trouver, vouloir trouver, pouvoir. Et je n’ai pas pu t’en parler, pas pu te raconter, être un passeur, de ceux qu’on peut croiser dans nos vies, qui nous accompagnent, souvent sans même s’en rendre compte, vers des chemins auxquels on ne pensait pas, qu’on n’osait pas. A cette période exactement, tu t’es effacé de ma vie. »

« Le permis, on le passait dès que possible, dès les dix-huit ans parce que sans, on se retrouvait assigné à résidence dans nos méchants villages jetés dans toute la région, tellement loin de tout que le reste de l’univers en devenait flou. »

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