Mimi en bois / Adèle Fugère

Son premier roman, « J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort », paru en 2023 m’avait particulièrement plu. Adèle Fugère revient avec un second roman qui donne à nouveau la voix à un enfant ou plutôt à un adolescent. Paulo, 13 ans, vient de perdre sa grand-mère, Mimi. Son grand-père en a le cœur brisé et ne s’en remet pas. Alors Paulo décide de fabriquer une marionnette en bois comme ses grands-parents le lui ont appris. Mimi revient sous la forme d’une marionnette en bois auprès de Pépé qui reprend alors vie.

Ce court roman aborde le deuil et les premières fois de Paulo. Première perte d’un être cher pour lui, premier amour aussi. Avec humour et poésie, l’écriture imagée de l’autrice est un régal. Il y a de très jolies formules dans ces pages émouvantes de tendresse et de fragilité. Paulo est un personnage attachant, tout comme sa famille. Les relations intergénérationnelles y sont à l’honneur.

Je vous recommande ce roman original de la rentrée littéraire d’hiver.

Je remercie les éditions Buchet Chastel pour cette très belle lecture.

A venir le replay et le podcast de la rencontre VLEEL avec des extraits superbement lus par l’autrice qui vous donneront indéniablement envie de lire la suite.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Mémé est partie.
Elle n’est pas partie acheter du pain.
Elle n’est pas partie marcher.
Elle n’est pas partie à sa réunion Tupperware.
Elle est partie.
Pour de bon.
Pour la vie . »

« C’est pépé qui l’a trouvé. Il est sorti de son atelier. Il a traversé le jardin. Il a ouvert la porte de la cuisine. Il l’a refermée derrière lui. Il a trouvé mémé, là, assise à la table. Comme d’habitude. C’était comme si elle s’était assoupie. Au début, pépé a cru qu’elle dormait. Mémé a toujours eu la capacité de se débrancher à n’importe quel moment et n’importe où.
Là, elle ne dormait pas.
Ce qui a mis la puce à l’oreille de pépé, c’est qu’elle ne ronflait pas. »

« On n’en mangera plus des tartes comme ça. Avec de la compote de rhubarbe dans le fond du plat. Qui pique à l’articulation. »

« Il a levé la tête vers moi et il a dit, les yeux pleins de larmes, le menton plein de plis et la voix pleine de cadenas : « Elle ne peut pas partir, Paulo, tu comprends ?! Il y a toujours de la tarte aux pommes le mercredi. Et on est mercredi. » »

« Je regarde. Ses gestes. Ses muscles. J’aime voir pépé passer sa main sur le morceau de bois pour enlever la pellicule de poussière. Les particules dansent dans l’air, s’accrochent aux poils de pépé et ses bras ressemblent alors à des escalopes panées. J’aime bien les escalopes panées. »

« Mémé, elle avait des bras solides qui étaient faits pour porter des choses lourdes et encombrantes. Comme moi.
Elle était circulaire du haut. Sans angles et sans coins. Je m’en suis rendu compte en la sculptant. J’avais été bête. Je n’avais pas pris le temps de la regarder. Je veux dire vraiment. Quand elle était là.
Maintenant c’est trop tard.
Ça commençait à ressembler à quelque chose. Du moins dans les formes et les proportions. J’ai posé les ciseaux. J’ai fait craquer mes doigts pour les détendre. J’étais loin d’avoir fini.
Il ne fallait surtout pas que je gâche les seins de mémé. Parce que mémé, elle avait des gros nichons. Ils ne pointaient pas devant. Ils pointaient sur les côtés. Et ce n’est pas ce que vous croyez. Je ne matais pas mémé. C’est juste que ça se voyait Même elle, elle le disait : « Mes nichons, mon petit Paulo, ils disent merde à l’autre. Comme les yeux de Jean-Paul Sartre. »
Je suis tombé sur une photo de Jean-Paul Sartre dans un livre. Elle avait raison, mémé. »

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