Il s’agit d’un roman autobiographique pour ce premier roman de l’illustratrice Cathy Karsenty. Sa mère, Claudine, perd la mémoire. Entre silences et non-dits, elle raconte la vieillesse, la maladie d’Alzheimer, la culpabilité de placer sa mère en Ehpad. Mais surtout elle dresse le portrait de cette femme qui reste un mystère pour elle. Elle n’a connu que sa mère qui l’a élevée seule. Claudine a préféré se passer du père, déjà marié et père de famille. La narratrice raconte comment ses parents se sont rencontrés, la vie en Algérie puis en France.
Un livre qui se lit vite avec une succession d’anecdotes. Les chapitres sont très courts, souvent 2 pages. Le style est agréable et le ton frôle souvent l’humour. On ressent la justesse des propos sur la maladie et l’état de santé qui se dégrade. J’ai noté quelques phrases qui claquent comme des punchlines.
A lire si vous aimez les récits intimes, les romans sur les relations mère-fille ou si vous cherchez des fictions sur le thème de la maladie d’Alzheimer ou la fonction d’aidant.
Je remercie Babelio et le Seuil pour cette masse critique privilégiée de la rentrée littéraire d’hiver.
Incipit :
« Je pense écrire un livre sur ma mère. Je prends des notes, j’en parle un peu autour de moi. L’Algérie, l’histoire clandestine avec un homme marié, mon père, puis Alzheimer, Rotschild. Oui mais ce sera drôle, je précise. »
« Une vie entière à ne pas se parler, ça laisse des traces. »
« Ses propos n’ont plus aucun sens. Elle cherche ses mots, ils se télescopent, ses paroles sont des cut-up opaques et poétiques. Mais parfois de brefs éclats de conscience lui font former des phrases apparemment sensées dont je ne sais pas quoi faire.
– J’ai parlé à ton père. Il m’a dit qu’il regrettait de ne pas avoir été plus présent pour toi. Qu’il avait loupé le coche (une expression bien à elle).
– Ah ? Mais quand a-t-il dit ça ?
– Attends, laisse-moi réfléchir… »
« En vidant l’appartement, je retrouve cette feuille où il est écrit au milieu « Se souvenir de moi ». Perplexe, je me demande quel message elle a cherché à me faire passer… Puis je comprends qu’il s’agit d’un pense-bête, pour bien cocher la case « Se souvenir de moi » de je ne sais quel site, afin de ne pas avoir à redonner inlassablement son mot de passe. On sous-estime la brutalité de ces nouveaux outils et leur barbarie infligée à une dame de quatre-vingt-cinq ans qui essaye de se débrouiller toute seule, sans trop embêter sa fille jamais disponible, et qui finira par tout oublier alors qu’elle avait pourtant coché cette foutue case. »
« Mais pourquoi nier l’évidence, je suis bien la fille de ma mère, si opaque soit cette dernière. »

Un avis sur « La fille de la mère / Cathy Karsenty »