Ce refrain qui te plaît / Nadège Erika

Ce roman social inspiré de la vie de l’autrice est le cri d’une mère. Kora est mère célibataire. Elle a fui le père violent de ses jumeaux. L’un de ses fils est mort. Le second, Sol, est sous emprise de drogues et sa santé mentale se dégrade. Elle a la quarantaine et vit en région parisienne. Elle connaît bien le milieu social car elle travaille comme éducatrice spécialisée dans un foyer.

Elle dresse le constat d’une psychiatrie défaillante en France face au personnel négligent envers son fils à l’hôpital psychiatrique. Elle raconte son rôle d’aidante, son épuisement. Entre les différents internements de son fils majeur, elle lui laisse son studio et vit soit dans des hôtels miteux soit dans les appartements d’amis. Tous les jours elle lui rend visite. Parfois elle ne le reconnaît pas. Souvent elle se pose des questions sur l’amour maternel et culpabilise. Tout le temps elle s’interroge sur le rôle des mères dans la société.

Alors que Sol s’enfonce dans la maladie et que les psychiatres peinent à l’identifier, Kora assiste impuissante à son autodestruction. Un roman bouleversant rythmé par des bulles de respiration avec des références musicales.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« – Une dernière fois : ne respirez plus. Ne bougez plus. Respirez.
Après que j’ai repris mon souffle, elle m’ôte délicatement le spéculum, la pince, la caméra, tout l’attirail d’entre mes cuisses, et me tire doucement le bras gauche afin de m’aider à me relever et à me dégager des étriers. »

« Lorsque je détourne le regard d’un clodo dans la rue, il me vient à l’idée que peut-être celui-ci a une mère qui le cherche tous les matins avant d’aller au travail et tous les soirs en rentrant. Qu’il a des tantes qui voudraient l’appeler, des amis qui ont essayé de l’aider. Dès que je vois un mec entrer dans le métro pour gratter trois sous je ne peux m’empêcher de penser que celui-là a peut-être sa mère qui compte les jours depuis qu’elle s’est fait une énième fois recaler par un fonctionnaire de police. Genre « il est majeur, madame, il a le droit de disparaître ». Mais il est malade. Il est sous tutelle. Pourtant il a le droit de disparaître. En revanche la mère doit réapparaître le jour où un flic, un juge ou un psychiatre la sonne. »

« A mesure que le temps passe dans ce cocon de soin, je vérifie ce dont je ne doutais pas : la psychiatrie n’est pas partout la même. L’espace de quelque minutes ou secondes, j’oublie que nous sommes en milieu hospitalier tant l’endroit est accueillant et prouve que l’état de délabrement de la psychiatrie française n’est pas uniquement une histoire financière. A moyens matériels égaux certaines équipes et structures font très bien les choses. »

« Est-ce que si moi aussi j’avais les moyens de le faire entrer en soins ailleurs que dans un hôpital vétuste et dont la majorité du personnel est négligent cela changerait quelque chose pour Sol ? Ou est-ce vain d’imaginer que l’argent me permettrait de l’éloigner des drogues et de le protéger de lui-même ? »

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