Tous les jours, Suzanne / La Grande Sophie

Elle écrit des lettres à Suzanne, un des personnages d’une de ses chansons. Elle lui écrit tous les jours. Elle se confie sur sa vie actuelle, sur le fait de vieillir. Elle se remémore des souvenirs d’enfance, les débuts de sa carrière, le trac et le stress, les difficultés rencontrées et les moments de joie. On croise des artistes musiciens mais aussi une écrivaine, Delphine de Vigan. Elle raconte leur collaboration pour une lecture musicale devenue une belle amitié.

Au début de sa carrière elle jouait seule dans des bars avec sa guitare et une grosse caisse. Puis elle est passé du live à un studio d’enregistrement, un moment vertigineux pour elle. Plus récemment, elle a remarqué que la cinquantaine est un âge ingrat dans son métier. Elle a perdu confiance en elle. Écrire à Suzanne lui a permis de s’appuyer sur elle et de retrouver du courage, de poursuivre ses rêves.

Avec humour, tendresse, lucidité et beaucoup d’humanité, elle reformule toute sa vie. La Grande Sophie est une artiste que j’aime, j’ai plusieurs de ses albums (oui des CD !). J’aime ses textes profonds. Sa plume est très belle dans ce livre où elle explique la genèse de certaines de ses chansons. On n’a qu’une envie les réécouter pour encore mieux les apprécier. D’ailleurs j’aimerais beaucoup voir le spectacle tiré de ce livre.

Elle aborde énormément de thèmes avec le regard de quelqu’un qui fait un pas de côté pour mieux observer. Une lecture qui pourra plaire à beaucoup de personnes et que je vous recommande, que vous soyez fan ou non de la chanteuse. J’ai relevé de nombreux passages (à lire ci-dessous), la preuve qu’il s’agit assurément d’un coup de cœur !

Je remercie Netgalley et Phébus pour cette lecture

Replay et podcast de la passionnante rencontre VLEEL à venir !

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Chère Suzanne,
J’ai failli tout arrêter.
Je me suis perdue dans mes pensées durant une longue période.
Le temps de revenir vers moi, puis toi, me revoilà. Je suis trop sensible en ce moment. Tu me diras : comme toujours. »

« Les Dents de la mer est sorti un an après que j’ai appris à nager. J’ai toujours nagé vite avec la trouille de me faire croquer. J’ai eu trois peurs dans ma vie d’enfant : les requins, l’appendicite et que mes parents se séparent. »

« J’ai attendu que les années filent. J’ai toujours souhaité être grande pour savoir ce que j’allais devenir. Maintenant que je le suis, tout me dépasse. Je veux que le temps s’arrête, mais si le temps s’arrête c’est que je suis morte. Je suis pleine de contradictions. Oui, hier j’attendais demain. »

« Chérir quelqu’un, quoi de plus beau ? Il faudra que je te raconte comment j’ai rencontré mon inséparable, celui qui a toujours été à mes côtés et qui est devenu mon mari. Bob. Nous sommes comme les hirondelles de mon jardin, à deux sur cette branche qu’est la vie. »

« Je me raconte un tas d’histoires. Suzanne, l’imagination est une de nos plus belles forces. »

« Elles ne pouvaient pas savoir. J’aurais dû leur dire, mais comment faire ? J’aurais prouvé quoi ? Je préfère me confier à toi. »

« Bonjour Suzanne,
Il est 5 heures du matin. J’ai l’impression de porter une grande robe avec, dessous, le chaos. Je t’écris de plus en plus tôt, juste pour te dire que je m’en doutais : les chansons prennent du poids avec l’âge. Moi aussi j’en prends, mais pas au même endroit.
Mon titre « Du courage » me parle chaque jour un peu plus. »

« Je repense à L’Âge de discrétion où Simone de Beauvoir parle de ces moments charnières dans une vie. Des moments pas évidents, qu’on finit par apprivoiser. Le temps permet ça. Personne n’échappe à ces étapes qui nous mènent au point final de notre existence. »

« Suzanne, Suzanne !
Il te réclame, dans chaque ville, chaque soir. Le public, Suzanne. Il a retenu ton prénom. Je les rassure, tu seras présente, je te chanterai, c’est toujours toi qui l’emportes à l’applaudimètre.
J’aime ton prénom comme j’aime l’odeur des immortelles. »

« Savoure chaque seconde » est devenue ma phrase clef en tournée. Ces moments passent comme des éclairs. Suzanne, l’éphémère laisse un goût qu’on oublie pas.

« Une chanson ne changera pas le monde. Elle éclaire, elle égaie, elle donne de l’humanité, elle rassemble, elle crée de la chaleur humaine. C’est déjà pas mal, je crois. »

« Les musiques sont des madeleines de Proust. »

« La première fois que j’ai vu Delphine de Vigan, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander où résidaient chacun de ses romans dans son corps, quelles traces ils avaient laissés. Tant de mots, tant d’histoires, comment faisait-elle pour structurer ses textes ainsi ? Oui, comment ? Je ne connaissais pas d’écrivain avant de rencontrer Delphine, les questions déboulaient dans ma tête. Je l’ai regardée, curieuse. »

« ça va te faire rire, mais je me sens parfois comme Yvette Horner quand le rock’n’roll a détrôné le musette. Je vais bientôt avoir 55 ans : voilà douze ans que tu as commencé à faire partie de mon quotidien, c’est un anniversaire auquel je suis attachée, il nous concerne toutes les deux. »

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