En cette rentrée littéraire d’hiver paraît le second roman de Mona Messine, publié non pas chez les Livres agités mais chez Bouclard, deux maisons d’édition que j’apprécie tout particulièrement.
Il nous plonge dans une atmosphère particulière et surtout dans une famille de politiques qu’on reconnaît aisément, leurs affaires judiciaires et leurs interviews ayant fait la une des médias à l’époque.
Le roman se place du point de vue de Roxane, une jeune femme qui devient la belle-fille de ce couple politique, Monsieur et Madame. Pour son mariage avec leur fils, Chéri, ils lui offrent la Villa Bergamote située dans une île des Caraïbes. La majeure partie du roman s’y déroule.
Pour Roxane, c’est la belle vie. Elle évolue dans un milieu qui n’est pas le sien et elle s’y plaît, enfin au début. Elle raconte les deux décennies au sein de cette famille particulière et on comprend qu’il s’agit d’une déposition.
Une personnalité brumeuse, ambiguë, comme l’ambiance qui règne à la Villa Bergamote. Des trafics se font la nuit. Des réunions aux allures mafieuses se font le jour dans le jardin.
Un roman qui peut déstabiliser par son côté malaisant mais qui est très addictif. Le couple de Monsieur est Madame est tout à fait fascinant. Évidemment les secrets, mensonges et manipulations sont fréquents dans cette histoire. Et la réalité dépasse largement la fiction.
Une satire qui se dévore et où on ressent le plaisir qu’a eu l’autrice à écrire cette histoire. Il y a plein de références. Je vous recommande la lecture de ce livre.
Cette lecture me permet de cocher la case « une maison d’édition des Pays de la Loire » pour le challenge de l’hiver VLEEL !
Incipit :
« Entrailles éclaboussées sur les pavés extérieurs, le cancrelat ruisselle. La bête est en train de mourir, couchée sur le dos. La tête est arrachée, mais elle bouge encore : la décapitation n’a pas suffi, on croirait qu’elle en redemande. »
« J’ai déjà pris perpète, je ne crains donc rien avec cette déposition. Je vous signerai le bas du document, les yeux fermés. Il me reste seulement à vous détailler tout ce qui a découlé de cette soirée. Vous verrez, tout est fou, mais tout est vrai. Paraît-il que le grand public aime les histoires. Je vous donne de quoi vous satisfaire. »
« Il restait toutefois toute cette énigme autour de la Villa Bergamote : peut-on donner ce qui ne nous appartient pas ? Parfois, s’imaginer posséder quelque chose, sans même détenir un titre de propriété valable, suffit. Et puis, j’allais me panacher à leur ADN. Mélanger. Les langues et les fluides. Tout ce qu’ils détestaient. Vous trouvez le procédé dégueulasse ? Il est utilisé depuis la nuit des temps. Ce n’est pas parce qu’une chose n’est pas nommée qu’elle n’existe pas. Nos consciences ne sont que des volets sur un hublot qu’on décide chaque jour ou non d’ouvrir. Et petit à petit, je me suis prise au jeu des journalistes, pour apprendre à les connaître eux aussi. Je me disais que ça toucherait beaucoup Chéri. »
« Et si au début, je les admirais, l’ampleur de l’amour que le couple générait, sans rien accomplir, me terrifia. Moi, je mettais du cœur à l’ouvrage, et, rien, enfin, pas grand-chose. Eux, ils essayaient à peine, et on les adorait. J’ai commencé par me sentir envieuse. Et doucement, en moi, s’est plantée la graine sauvage de la détestation. Il lui fallut plusieurs années supplémentaires pour germer, mais elle était en place. »
« J’étais écartée des lieux de décision et d’action, c’est le principe de la décoration. »
« Il y avait bien un truc sur lequel nous nous accordions dans cette maison : le but c’était de s’élever le plus haut possible dans le rêve éveillé, le plus loin possible de la pataugeoire dans laquelle traînaient tous ces pauvres. J’aurais pu mener ma propre vie au lieu d’être dans celle des autres, mais c’est un fait : je n’avais aucune imagination, je devais m’incruster dans ce qui existait. »
« Chéri veux-tu bien m’aider, me rendre honneur, dignité, m’adresser la parole, un instant me donner de l’amour, juste un peu, c’est comme me prêter de l’argent, tu sais, cela ne te coûte, à toi, rien, veux-tu ? »
« Charlie s’agitait grave et appelait des journalistes pour balancer des ragots. Untel avait oublié de fournir sa déclaration de biens, il tentait toujours de mettre en pratique sa propre maxime : quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien. C’était leur façon, à chacun, de réagir aux menaces qui montaient. »

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