Ilaria / Gabriella Zalapi

1980, la petite Ilaria, 8 ans, est enlevée par son père. Commence alors une sorte de road-trip en Italie. Son père est d’origine italienne et sa mère vit en Suisse. C’est toute l’enfance d’Ilaria qui est bouleversée. Elle grandit loin de sa mère et de sa sœur. Elle subit les colères et les angoisses de son père. Elle le voit sombrer dans la dépression et l’alcool. Il y a des moments plus joyeux notamment lorsqu’elle est confiée à une amie de sa grand-mère à la campagne. Elle retrouve alors un peu d’insouciance. Mais elle ne reste jamais longtemps au même endroit.

L’autrice raconte à hauteur d’enfant l’instabilité du père, entre silences, mensonges et solitude. La fillette sait décrypter les changements d’humeur de son père et s’adapte rapidement pour ne pas les subir. Parfois elle se rebelle et désobéit mais les conséquences sont ensuite terribles. Son père fuit le divorce. Il aime sa femme et se sert de l’une de ses filles pour l’atteindre. Il s’arrête souvent à une cabine téléphonique pour l’appeler et jamais il ne lui passe Ilaria.

J’ai été totalement happée par cette histoire, l’ambiance et l’écriture. Un coup de cœur ! Je comprends l’engouement des jeunes qui lui ont attribué le Prix Femina des lycéens. Il a reçu deux autres prix, le Prix Blù Jean-Marc Roberts et le Prix Roman des étudiants France Culture.

Un court et très beau roman qui ne vous laissera pas indifférent !

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Mai 1980
A huit ans, j’aime sentir le haut de mon corps suspendu dans le vide, le contact de mes genoux repliés sur le métal. J’aime l’instant où je ferme très fort les yeux, lâche prise et laisse le vertige me traverser. Quand mes mains sont à plat sur le noir de l’asphalte, c’est que j’ai dépassé ma peur. Et là, l’image de ma gymnaste préférée, Nadia Comaneci, arrive. Elle a les bras grands ouverts. Victoire. »

« Nos vivons de profil, Papa et moi. Je connais bien la ligne de son nez, la forme ovale de ses oreilles, les poils qui dépassent de ses sourcils, juste au-dessus de la monture de ses lunettes. Je suis même capable de reconnaître ses humeurs à travers ses soupirs, ses grognements, ses gestes. Lorsqu’il mordille la peau épaisse qui entoure l’ongle de son pouce, c’est qu’il rumine et bientôt, il voudra faire una telefonata. »

« Quand quelqu’un demande à Papa où nous allons, il indique une ville à l’autre bout de l’Italie. Quand on lui demande quelle est sa profession il dit entrepreneur, ingénieur, avocat… Un vrai homme-orchestre qui parle tous les métiers, toutes les langues, tous les jargons. Papa ment avec naturel, très poliment, avec les yeux. Il donne un tas de détails comme s’il décrivait une image. Il fait ça si bien, il est si précis, que tout le monde le croit.
Mais tous les mensonges ne changent rien à ce silence qui grandit entre nous. Un vrai sac de nœuds. »

« Je n’ose pas dire « non », je n’ose pas dire que je ne comprends pas, que je m’en fiche complètement des choses plus importantes. Je veux aller à l’école, jouer, voir mes copines, aller aux anniversaires, aux cours de gym. Je veux faire des flic-flac, des roulades, m’entraîner à la poutre et faire comme Nadia Comaneci. Je veux rentrer. Puis l’idée de quitter Papa me glace. Je ne peux pas le laisser seul. »

« Des fois, sa colère est telle que je vois voler des boules de pétanque au-dessus de ma tête. Je frissonne, je me bouche les oreilles. »

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