Enfants du lichen / Maya Cousineau Mollen

Maya Cousineau Mollen est d’origine innu, adoptée par une famille québécoise, un couple d’amis de ses parents. Elle grandit avec le militantisme transmis par ses parents.

Dans ses poèmes, on entend sa colère, de la douleur aussi. Elle est l’une des voix majeures des premières nations. Singulière, elle dénonce le racisme d’hier et d’aujourd’hui que subissent les innu. Dans ce « recueil qui lutte contre l’oubli », elle espère insuffler le devoir de mémoire. Elle se définit comme une guerrière pacifique. Son combat est de défendre une communauté qu’on a voulu exterminer, et plus largement une humanité.

J’ai hâte de lire les prochains écrits de cette écrivaine engagée. Elle a reçu le Prix du Gouverneur général du Canada en poésie de langue française, une des plus grandes distinctions au Canada. A noter également, ce livre contient une préface d’Hélène Cixous.

Je vous encourage à regarder le replay de la rencontre VLEEL disponible depuis peu. Vous ne pourrez qu’être touché par cette femme et sa poésie.

Merci aux éditions Dépaysage pour cette publication et l’opportunité de lire cette autrice en France.

Note : 5 sur 5.

La poétesse innu

Les lois d’assimilation
Ont rythmé ma vie d’enfant
Dessinant un avenir de case

L’identité brûle sous un vent hostile
Les peaux de chagrin en courtepointe

Les flèches volent
La sauge fume trop vite

Je rêve d’une humanité sans papiers
Où l’eugénisme nouveau agonisera
Mais le tamis est tenace

La poétesse innu restera muette
L’appartenance n’est pas la sienne

Plume du messager
Douce et tremblante
Entre mes mains

J’offre ma peur
Aux ancêtres sereins
Gardiens des terres

J’honore l’aigle qui, mourant
Cède sa vie aux dieux des mers
Afin que je porte ce legs

Alors que ta vie fuyait
Noble enfant du ciel
Mon cœur trouvait une voie

Dans le noir de l’ombre
Terrée parfois dans ma tristesse
Je m’accroche aux lueurs
Des volutes de sauge

Murmures ou chants
Je cherche la vaillance
Car mon esprit étouffe

C’est une indienne, c’est pas grave


Paralysée par le joug colonial
Sur la civière des oublis
Au cœur d’un hôpital obscur


Héritière des fantômes tristes
De ces pensionnats lugubres


En un mot, tu résumes ma valeur
En mes terres mille fois offensées


Je suis l’Indienne
Celle que tu désires
Le temps d’une étreinte


Je suis l’Indienne
Celle que tu ne vois plus
Invisible


Je suis l’Indienne
Souvenir vibrant
D’une colonisation blessante


Je suis l’Indienne
Celle qui meurt
Cent fois par ta haine


Je suis l’Indienne
Celle que tu ne connais pas


Je suis l’indienne
La sublime
La rebelle
Femme sacrée

Laisser un commentaire