J’avais découvert Isabelle Boissard grâce à la sélection des 68 premières fois pour son premier roman « La fille que ma mère imaginait ». Je retrouve avec plaisir la plume originale et humoristique de l’autrice.
Elle nous raconte l’histoire de Camille, 52 ans, revenant à Paris pour voir ses amis et organiser une fête d’anniversaire surprise à Bianca, l’amoureuse de son meilleur ami, Christophe. Ce dernier a tout prévu pour essayer de redonner le sourire à Camille. Son mari vient de la quitter pour une autre femme, une Danoise. Leurs deux filles sont grandes. Elle ne travaille pas. Elle a suivi son mari à l’étranger. Elle est une conjointe d’expatrié. Elle se retrouve à se questionner sur sa vie et son futur.
Elle dégomme les travers de notre société. Tout le monde en prend pour son grade, enfin surtout les Bobos. Camille évolue dans un entourage qui n’a pas de problèmes financiers. Chacun affiche son bonheur sur Instagram. Ce réseau social est le fléau de nos vies d’après Camille. Il y a de nombreuses formules à l’encontre d’Instagram. Isabelle Boissard a le sens de la formule qui fait mouche !
Un chapitre représente une journée et une célébration est indiquée pour ce jour. Exemple : « Lundi 26 avril Journée de la secrétaire au Nicaragua ». Les journées sont découpées en fragments et alternent avec des citations. Sans oublier la Nicorette, qu’elle prend régulièrement. Camille essaye d’arrêt de fumer. Elle a une mauvaise toux et doit consulter. Son séjour à Paris est l’occasion de passer quelques examens médicaux à reculons. Elle revoit de nombreux amis qui l’accompagnent dans ses démarches et réflexions. Il y a même de l’amour dans l’air, mais chut je ne vous en dévoile pas davantage.
Camille est drôle, pratique l’autodérision, philosophe aussi, dit les choses comme elle le pense aux lecteurs et c’est savoureux.
Après Paris, elle nous emmène en Bretagne, à Saint-Astres, au bord de la mer où réside le père de Bianca pour organiser l’anniversaire surprise. Elle y rencontre diverses personnes et une chienne qui l’aident à se reconstruire.
Merci à Babelio et Les Avrils pour cet excellent moment de lecture !
Incipit :
« Dimanche 18 avril
Journée internationale des monuments et des sites
– A l’heure du consentement, est-ce bien raisonnable de prendre quelqu’un par surprise en lui organisant son anniversaire ?
Il m’a répondu qu’elle en rêvait. Elle lui en avait organisé un, ça devait forcément dire qu’elle en voulait un elle aussi, d’anniversaire surprise. »
« Vraiment c’est le problème avec les réseaux sociaux, on se compare à trop haut, trop brillant, mieux vaut regarder un abat-jour droit dans les yeux que de fixer le soleil, ça fait moins mal aux yeux. Nicorette. »
« Sœur Emmanuelle aimait demander aux gens qu’elle rencontrait :
– Et toi, tu fais quoi pour les autres ?
Réponse probablement la plus charitable :
– Je ne les fais pas chier. »
« Instagram tue
Instagram nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage
Instagram rend jaloux et provoque des passages dépressifs
Instagram rend narcissique
Votre médecin ou votre pharmacien ne peut pas vous aider à arrêter
Protégez les enfants : ne leur faites pas respirer votre Instagram
Instagram crée une forte dépendance, ne commencez pas
Arrêter Instagram réduit les risques de comparaisons mortelles
Instagram peut entraîner une mort lente et douloureuse
Il n’y a pas de numéro de téléphone pour vous aider à arrêter
Instagram réduit votre temps de vie
Instagram contient de l’ego, du narcissisme, du bien-être, du consumérisme, du formatage et du cyanure de divertissement
Fumer augmente les risques d’Instagram
Existe-t-il des Nicorette pour se sevrer des réseaux ?
*
Les avertissements seraient accompagnés de photos de personnes déprimées sur leur canapé, téléphone à la main, et pourquoi pas d’enfants à la recherche du regard de leurs parents. »
« Alors pour la journée internationale de la terre nourricière, qu’on pourrait colorer de Elephant’s breath ou Mole’s breath, notre Nouffe veut nous alerter. Elle nous supplie, elle nous conjure d’arrêter de consommer à tort et à travers. Elle rappelle que le bonheur, ce n’est pas de posséder une grosse voiture. Elle philosophe et pose la question : honnêtement, quel produit changerait votre vie ? Elle précise et reformule : quel produit changerait VRAIMENT votre vie ? Moi je répondrais bien un sac Isabel Marant, des bottines La Gardiane, une crème anti-rides La Mer, mais j’avale ma salive. Elle a raison, ça ne changerait pas vraiment ma vie. Elle a dû faire latin en option la Nouffe parce qu’elle enfonce le clou à coups de locution latine : aujourd’hui, on voudrait tout hic et nunc – qui ne sont pas des noms de cochons d’Inde d’un quelconque Disney, non, hic et nunc, ça veut dire « tout et tout de suite ». Elle finit sa publication en nous implorant de ne pas nous rendre dans les centres commerciaux, mais plutôt en forêt. En tout cas, elle, elle y sera, avec son amoureux et ses bottes en plastique Hunter à 200 boules et son bonnet mi-alpaga mi-poils de chèvres élevés en plein air et son pardessus Agnès A, parce qu’il n’y a pas de planète B. Et comme à son habitude du samedi, elle nous conseille un livre, aujourd’hui, c’est relire Giono et ressentir la mélodie du monde. Rien que ça.
*
Instagram, c’est un putain de Jokari. Je suis une balle en caoutchouc attachée à un socle par un élastique qui, après avoir été frappée, revient. Instarissable. »
