Le jour et l’heure / Carole Fives

Le projet d’Édith, c’est de se rendre en Suisse pour mettre fin à sa vie. Dans la voiture, elle est accompagnée par son mari Simon et leurs 4 enfants adultes, Audrey, Jeanne, Anna, Théo.

Les chapitres alternent entre les voix du mari et des enfants, mais pas celle d’Édith. Elle est décrite comme une femme forte, courageuse et libre. Elle est malade et perd peu à peu l’usage de ses membres, bientôt elle ne sera plus en mesure d’affirmer qu’elle veut mourir et ne pourra plus prétendre à ce choix. Alors elle avance la date de sa mort programmée.

Toutes les étapes sont abordées, y compris les difficultés de l’après où le corps ne peut pas être rapatrié. Rien n’est simple mais surtout aucun d’eux n’est préparé pour ce voyage. Chacun réagit différemment mais tous veulent accompagner Édith. Ils sont quasiment tous médecins et avouent ne pas être formés pour accompagner un patient ou sa famille vers la mort.

Ce court roman enchaîne les chapitres et interroge notre société sur son rapport à la mort mais au final aussi à la vie ! Ce n’est pas un livre triste. Il fait réfléchir sur le choix de la fin de vie, sujet très actuel. C’est aussi un roman sur la famille, les relations entre la mère et ses enfants, entre frère et sœurs. Chacun égrène ses souvenirs d’enfance et ce que représente leur mère pour eux. Ils évoquent également d’autres sujets centraux dans leur vie.

C’est un roman très contemporain, à l’écriture simple et efficace, comme si les personnages nous parlent, témoignent de leur deuil et de la vie. Un livre intéressant qui permet « de se mettre à la place de » et de réfléchir.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Audrey
La veille, j’étais de garde. Vers vingt-deux heures, on m’a appelée pour une urgence. Un accouchement compliqué. La mère avait fait une grosse hémorragie. On avait réussi à sauver le bébé et je venais de la transférer en réa dans un autre hôpital. J’étais encore totalement là-dedans, dans « Toi et ton bébé, je vous en supplie, vous restez en vie ». Il faut toujours un certain temps après pour redescendre. C’est très addictif les urgences gynécologiques, les urgences en général… on voudrait continuer à sauver le reste du monde, en mode superhéros, mais on reste là, les bras ballants : y’a plus personne à sauver. Alors je suis sortie me faire une clope sur le parking, ma garde venait de se terminer. »

« Simon
Dans ma patientèle, personne ne m’a jamais fait la demande que m’a faite ma femme. J’ai bien entendu des gens me dire, docteur, je vais mourir, je voudrais me suicider. Des fois ils le font, ou pas. Mais ce n’est pas une question que me posera directement un patient. En quarante ans de médecine, je n’ai jamais parlé directement de la mort avec aucun d’entre eux. Je me suis souvent fait la réflexion, comment ai-je pu laisser mes malades seuls sans les accompagner jusque-là ? Certains me disaient d’un ton plus ou moins désespéré, docteur, j’ai mal, donnez-moi le bouillon de onze heures… mais c’est vrai que derrière cette demande, j’entendais plutôt, je ne vais pas bien, trouvez une solution plutôt que, achevez-moi. J’entendais ce que je voulais bien entendre.
Quand on leur a parlé de notre projet les médecins disaient, mais voyons, vous n’en êtes pas encore là ! Ils minimisaient beaucoup les éventuelles évolutions de la maladie. Lorsqu’on est médecin, on n’est pas préparé à la mort des gens. Notre mission, c’est de les tenir en vie coûte que coûte, en dépit de leur liberté. La mort, ce n’est pas notre sujet. Notre société est comme ça, elle ne veut pas regarder la mort en face. Et pourtant, j’ai lu dernièrement de très belles choses des philosophes grecs. Philosopher, c’est apprendre à mourir, pensaient-ils. Et si soigner, c’était aussi apprendre à mourir ? »

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