Prix Goncourt de la nouvelle 2023, David Thomas avait déjà reçu le prix de la Nouvelle de l’Académie française en 2021 pour son recueil « Seul entouré de chiens qui mordent », également publié à L’Olivier. J’ai dévoré ces nouvelles qui font une demie-page à 9 pages pour certaines. Le ton est souvent drôle voire cinglant. Ce sont des histoires très différentes où des êtres humains sont en proie à la folie, aux doutes ou malmenés par l’amour. Il y a souvent des rendez-vous ratés. Les personnages font de petits arrangements par amour ou par surprise. Les chutes sont particulièrement réussies. Des situations de la vie qui peuvent parler à tout un chacun.
Ci-dessous, vous pouvez lire la nouvelle « Nouveau genre littéraire » qui je trouve représente bien le style de l’auteur qui se met en scène avec autodérision. Les nouvelles servent de mesure de temps d’attente lors des rendez-vous médicaux. Deux ou trois textes d’attente ça passe, mais davantage, c’est un motif pour changer de médecin !
Un recueil à placer dans toutes les salles d’attente bien évidemment ! Et si vous n’aimez pas les nouvelles, c’est peut-être l’occasion de vous réconcilier avec elles ! En tout cas ce serait dommage de passer à côté de cet excellent moment de lecture. Pour ma part, je lirai assurément d’autres recueils de David Thomas. Si vous avez des conseils, je suis preneuse.
« Nouveau genre littéraire
Je ne suis peut-être pas le meilleur écrivain de ma génération mais ce qui est sûr c’est que j’ai inventé un genre. Depuis vingt ans que je publie, mes livres se sont installés pour se faire une place unique dans le paysage littéraire français. Et ce, grâce au travail acharné du directeur commercial de ma maison d’édition qui, quand j’y suis arrivé il y a dix ans, a flairé le bon coup. C’est pas chez les libraires qu’il a envoyé les représentants, c’est chez les coiffeurs, les dentistes et les généralistes. Pratiquement tous ces professionnels possèdent maintenant, dans leurs salles d’attente, au moins un exemplaire d’un de mes livres. Du coup, aujourd’hui, tout le monde a constaté une modification de l’évaluation du temps passé à patienter dans ces antichambres.
– J’ai un dentiste il est très bien, Abkazian, il s’appelle, tu le connais ? Chez lui on n’attend jamais plus de deux ou trois textes.
– T’as du bol, chez mon nouveau généraliste j’ai dû poireauter dix-sept textes.
– Dix-sept ; c’est abuser. D’autant que ça dépend du recueil. Au début les textes dépassaient rarement une demi-page, maintenant je sais pas il doit se prendre pour Proust, ça peut aller jusqu’à trois pages. Dix-sept textes de trois pages, il se fout de la gueule du monde ton médecin, tu devrais changer de généraliste. »

Un avis sur « Partout les autres / David Thomas »