Juste avant d’éteindre / Hélios Azoulay

Pour Tommy : 22 janvier 1944 / dessins Bedrich Fritta, texte Hélios Azoulay

C’est à l’occasion d’une rencontre VLEEL que j’ai découvert Hélios Azoulay. Que je qualifierais d’artiste incroyable. Il est écrivain, poète, musicien, compositeur, peintre et propose un univers riche et singulier. Si, comme moi, vous ne connaissez pas la musique incidentale, je vous invite à en faire la recherche sur Youtube. Étant clarinettiste moi-même, j’ai été forcément intéressée par ce qu’il propose. Quant à ses ouvrages, ils abordent des thèmes graves et pourtant on y trouve de l’humour.

Il a publié aux éditions du Rocher un roman et en parallèle un recueil où il raconte l’histoire de Tommy, dont le père, caricaturiste, a caché 52 dessins pour lui lorsqu’il était enfermé dans le camps de Terezin en 1944. Ces aquarelles sont conservées au musée juif de Berlin et enfin publiées en France. Une œuvre unique !

Ces deux ouvrages se répondent. Dans le roman, le personnage principal est un compositeur déporté dans un camp. A son arrivée, ses partitions disparaissent de sa valise, comme la plupart de ses effets personnels. Sa musique est tout pour lui. Il a tout perdu. Alors il note sur des petits papiers tout ce qu’il voit. C’est le journal de ses yeux. Par la force des choses il renonce à la musique et se rapproche de la littérature. L’art est une forme de résistance. C’est un roman très poétique. J’ai relevé nombre de petites phrases qui « infusent ».

La deuxième partie du roman peut difficilement être résumée. Il s’agit davantage d’une atmosphère que l’auteur réussit à créer. C’est un texte puissant et fort. On retrouve des références à des poèmes, notamment celui du Dormeur du Val de Rimbaud.

Les dessins de Bedrich Fritta réalisés pour les 3 ans de son fils, Tommy, sont de jolies aquarelles, qui fourmillent de détails. Ils avaient été enterrés dans une caisse métallique. Il meurt à Auschwitz et son fils survit. C’est l’héritage de Tommy. A sa mort en 2015, ces dessins ont été partagés avec d’autres enfants. Hélios Azoulay nous raconte l’histoire incroyable de ce cadeau pour Tommy. C’est bouleversant.

Encore de belles découvertes grâce à Anthony et VLEEL. Allez voir le replay, Hélios Azoulay vaut le détour :

Note : 4 sur 5.


Incipit :
« Il ne pleut pas, il dégouline. Ce n’est pas un ciel. C’est une flaque d’encre noire. »

« Un des toubibs s’est agacé, Montrez ça !

Je pensais que ce con avait vu ce qu’il voulait voir, mais il a ordonné Soulevez la queue ! Montrez les couilles ! Là, je me suis dit que si les Allemands, en plus de vérifier nos bites, étaient scrupuleux au point de se mettre à compter nos couilles, on avait peut-être une chance de gagner la guerre.
Je n’ai pas osé regarder mais je priais pour qu’un de mes camarades n’en ait qu’une. Parce que tatillons comme sont les nazis, il suffirait d’une couille en moins dans leur addition pour faire vaciller leur conception du monde, et toute leur philosophie ancestralement binaire, qui n’a jamais su compter que jusqu’à deux. »

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